Promenades avec Marcel Proust

Article paru dans Le Figaro du mardi 3 septembre 1912,

sur 3 colonnes en première page

 

L’EGLISE de VILLAGE
 

L’admirable auteur du vrai « Génie du Christianisme » - je veux dire Maurice Barrès – va sans doute trouver un redoublement d’écho pour son appel en faveur des églises de village : c’est, en effet, le moment où reprennent contact avec le leur beaucoup d’entre nous. Et à ceux même qui ne passeront pas leurs vacances dans les lieux où ils ont grandi, les réminiscences de la saison feront revivre le temps où ils allaient se reposer chaque année au pied de leur église.

On reconnaissait de bien loin le clocher de la nôtre, inscrivant à l’horizon sa figure inoubliable. Quand mon père, du train qui nous amenait de Paris, l’apercevait qui filait tour à tour sur tous les sillons du ciel, faisant courir en tous sens son petit coq de fer, il nous disait : « Préparez vos couvertures, nous allons bientôt arriver. » Et dans une des plus grandes promenades que nous faisions autour de la petite ville, à un endroit où la route resserrée débouche sur un immense plateau, il nous montrait au loin la fine pointe de notre clocher qui dépassait seule, mais si mince, si rose, qu’il semblait rayé sur le ciel par un ongle qui aurait voulu donner à ce paysage, à ce tableau rien que de nature, cette petite marque d’art, cette unique indication humaine.

Quand on se rapprochait et qu’on pouvait apercevoir le reste de la tour carrée et à demi détruite qui subsistait à côté de lui, on était frappé surtout du ton rougeâtre et sombre des pierres ; et, par un matin brumeux d’automne, on aurait dit, s’élevant au-dessus du violet orageux des vignobles, une ruine de pourpre presque de la couleur de la vigne vierge.

De là elle n’était encore qu’une église isolée, résumant la ville, parlant d’elle et pour elle aux lointains, puis, quand on était plus près, dominant de sa haute mante sombre, en pleins champs, contre le vent, comme une pastoure ses brebis, les dos gris et laineux des maisons rassemblées.

Comme je la revois bien notre église ! Familière ; mitoyenne, dans la rue où était son porche principal, de la maison où habitait le pharmacien et de l’épicerie ; simple citoyenne de notre petite ville et qui, semblait-il, aurait pu avoir son numéro dans la rue, si les rues de ce simple chef-lieu de canton avaient eu des numéros, où le facteur aurait pu entrer quand il faisait sa distribution, après avoir quitté l’épicier et avant d’entrer chez le pharmacien, il y avait pourtant entre elle et tout ce qui n’était pas elle une démarcation que mon esprit ne pouvait pas arriver à franchir. Le voisin avait beau avoir des fuchsias qui avaient la mauvaise habitude de laisser leurs branches courir partout tête baissée et dont les fleurs n’avaient rien de plus pressé quand elles étaient assez grandes, que d’aller rafraîchir leurs joues violettes et congestionnées contre la sombre façade de l’église. Elles ne devenaient pas sacrées pour cela, et entre elles et la pierre noircie à laquelle elles s’appuyaient, si mes yeux ne percevaient pas d’intervalle, mon esprit réservait un abîme.

Son vieux porche, grêlé comme une écumoire, était dévié et profondément creusé aux angles (de même que le bénitier où il conduisait), comme si le doux effleurement des mantes des paysannes entrant à l’église et de leurs doigts timides prenant de l’eau bénite, pouvait, répété pendant des siècles, acquérir une force destructive, infléchir la pierre et l’entailler de sillons comme en trace la roue des carrioles dans la borne contre laquelle elle bute tous les jours. Ses pierres tombales, sous lesquelles la noble poussière des grands abbés lettrés du monastère, enterrés là, faisait au chœur comme un pavage spirituel, n’étaient plus elles-mêmes de la matière inerte et dure, car le temps les avait rendues douces et fait couler comme du miel hors des limites de leur propre équarissure qu’ici elles avaient dépassé d’un flot blond, entraînant à la dérive une majuscule gothique en fleurs, et en deçà desquelles, ailleurs, elles s’étaient résorbées, contractant encore l’elliptique inscription latine, introduisant un caprice de plus dans la disposition de ces caractères abrégés, rapprochant deux lettres d’un mot dont les autres avaient été démesurément distendues.

Ses vitraux ne chatoyaient jamais tant que les jours où le soleil ne se montrait pas, de sorte que fît-il gris dehors on était sûr qu’il ferait beau dans l’église ; je revois l’un rempli dans toute sa grandeur par un seul personnage pareil à un Roi de jeu de cartes, qui vivait là-haut entre ciel et terre ; et un autre où une montagne de neige rose, au pied de laquelle se livrait un combat, semblait avoir givré à même la verrière qu’elle boursouflait de son trouble grésil ; comme une vitre à laquelle il serait resté des flocons, mais des flocons éclairés par quelque aurore (par la même sans doute qui empourprait le retable de l’autel de tons si frais qu’ils semblaient plutôt posés là momentanément par une lueur prête à s’évanouir que par des couleurs attachées à jamais à la pierre) ; et tous étaient si anciens qu’on voyait çà et là leur vieillesse argentée étinceler de la poussière des siècles et montrer brillante et usée jusqu’à la corde la trame de leur douce tapisserie de verre. Dans la sacristie, il y avait deux tapisseries de haute lisse, représentant le couronnement d’Esther, et à qui leurs couleurs, en fondant, avaient ajouté une expression, un relief, un éclairage : un peu de rose flottait aux lèvres d’Esther au-delà du dessin de leur contour, le jaune de sa robe s’étalait si onctueusement, si grassement, qu’elle en prenait une sorte de consistance et s’élevait vivement sur l’atmosphère refoulée, et la verdure des arbres restée vive dans les parties basses du panneau de soie et de laine, mais ayant « passé » dans le haut, faisait se détacher en plus pâle, au-dessus des troncs foncés, les hautes branches jaunissantes, dorées et comme à demi effacées par la brusque et oblique illumination d’un soleil invisible.

Toutes ces choses antiques achevaient de faire pour moi de l’église quelque chose d’entièrement différent du reste de la ville ; un édifice occupant, si l’on peut dire, un espace à quatre dimensions – la quatrième était celle du Temps, - déployant à travers les siècles son vaisseau qui, de travée en travée et de chapelle en chapelle, semblait vaincre, et franchir non pas seulement quelques mètres, mais des époques successives d’où elle sortait victorieuse ; dérobant le rude et farouche onzième siècle dans l’épaisseur de ses murs, d’où il n’apparaissait avec ses lourds cintres bouchés et aveuglés de grossiers moellons que par la profonde entaille que creusait près du porche l’escalier du clocher, et même là dissimulé par les gracieuses arcades gothiques qui se pressaient coquettement devant lui comme de plus grandes sœurs, pour le cacher aux étrangers, se mettent en souriant devant un jeune frère rustre, grognon et mal vêtu ; et élevant dans le ciel au-dessus de la place, son clocher qui avait contemplé Saint Louis et semblait le voir encore.

Des fenêtres de sa tour, placées deux par deux les unes au-dessus des autres – avec cette juste et originale proportion dans les distances qui ne donne pas de la beauté et de la dignité qu’aux visages humains – le clocher lâchait, laissait tomber à intervalles réguliers des volées de corbeaux qui, pendant un moment, tournoyaient en criant comme si les vieilles pierres qui les laissaient s’ébattre sans paraître les voir, devenues tout à coup inhabitables et dégageant un principe d’agitation infinie, les avait frappés et repoussés. Puis, après avoir rayé en tous sens le velours violet de l’air du soir, brusquement calmés ils revenaient s’absorber dans la tour, de néfaste redevenue propice, quelques-uns posés çà et là, ne semblant pas bouger, mais happant peut-être quelque insecte, sur la pointe d’un clocheton comme une mouette arrêtée avec l’immobilité d’un pêcheur à la crête des vagues.

Souvent, quand je passais devant le clocher au retour de la promenade, en regardant la douce tension, l’inclinaison fervente de ses pentes de pierres qui se rapprochaient en s’élevant comme des mains jointes qui prient, je m’unissais si bien à l’effusion de la flèche, que mon regard semblait s’élancer avec elle ; et en même temps je souriais amicalement aux vieilles pierres usées dont le couchant n’éclairait plus que le faîte et qui, à partir du moment où elles entraient dans cette zone ensoleillée, adoucies par la lumière, paraissaient tout d’un coup montées bien plus haut, lointaines comme un chant repris « en voix de tête » une octave au-dessus.

L’autre porche qui était de ce côté était complètement recouvert par le lierre, et il fallait pour reconnaître une église dans le bloc de verdure faire un effort qui ne me faisait d’ailleurs serrer que de plus près l’idée d’église (comme il arrive dans une version ou dans un thème où on approfondit d’autant mieux une pensée qu’on la dépouille des formes accoutumées), pour reconnaître que le cintre d’une touffe de lierre était celui d’un vitrail, ou qu’une saillie de verdure était due au relief d’un chapiteau. Mais alors un peu de vent soufflait ; les feuilles déferlaient les unes contre les autres ; et, frissonnante, la façade végétale semblait embrasser avec elle les piliers onduleux, caressés et fuyants.

C’était le clocher de notre église qui donnait à toutes les occupations, à toutes les heures, à tous les points de vue de la ville, leur figure, leur couronnement, leur consécration. De ma chambre, je ne pouvais apercevoir que sa base qui avait été recouverte d’ardoises ; mais quand le dimanche, encore couché, par une chaude matinée d’été, je les voyais flamboyer comme un soleil noir, je me disais : «  Déjà neuf heures ! Il faut se lever vite pour aller à la messe » ; et je savais exactement la couleur qu’avait le soleil sur la place, l’ombre qu’y faisait le store du magasin, la chaleur et la poussière du marché.

Quand après la messe, on entrait dire au suisse d’apporter une brioche plus grosse que d’habitude parce que de nos amis avaient profité du beau temps pour venir déjeuner, on avait devant soi le clocher qui, doré et cuit lui-même comme une plus grande brioche bénie, avec des écailles et des égouttements gommeux de soleil, piquait sa pointe aiguë dans le ciel bleu. Et le soir, quand je rentrais de promenade, il était au contraire si doux, dans la journée finissante, qu’il avait l’air d’être posé et enfoncé comme un coussin de velours brun sur le ciel pâli qui avait cédé sous sa pression, s’était creusé légèrement pour lui faire sa place et refluait sur ses bords ; et les cris des oiseaux qui tournaient autour de lui semblaient accroître son silence, élancer encore sa flèche et lui donner quelque chose d’ineffable.

Même dans les courses qu’on avait à faire derrière l’église, là où on ne la voyait pas, tout semblait ordonné par rapport au clocher surgi ici ou là entre les maisons, peut-être plus émouvant encore quand il apparaissait ainsi sans l’église. Et certes, il y en a bien d’autres qui sont plus beaux vus de cette façon, et j’ai dans mon souvenir des vignettes de clochers dépassant les toits qui ont un autre caractère d’art.

Je n’oublierai jamais, dans une curieuse cité de Normandie, deux charmants hôtels du dix-huitième siècle qui me sont à beaucoup d’égards chers et vénérables et entre lesquels, quand on la regarde du beau jardin qui descend des perrons vers la rivière, la flèche gothique d’une église qu’ils cachent s’élance, ayant l’air de terminer, de surmonter leurs façades, mais d’une matière si différente, si précieuse, si annelée, si rose, si vernie, qu’on voit bien qu’elle n’en fait pas plus partie que de deux beaux galets unis, entre lesquels elle est prise sur la plage, la flèche purpurine et crénelée de quelque coquillage fuselé en tourelle et glacé d’émail.

Même à Paris, dans un des quartiers les plus laids de la ville, je sais une fenêtre où on voit après un premier, un second et même un troisième plan, fait des toits amoncelés de plusieurs rues, une cloche violette, parfois rougeâtre, parfois aussi, dans les plus nobles « épreuves » qu’en tire l’atmosphère, d’un noir décanté de cendres, laquelle n’est autre que le dôme de Saint-Augustin et qui donne à cette vue de Paris le caractère de certaines vues de Rome par Piranesi. Mais aucune de ces petites gravures, avec quelque goût que ma mémoire ait pu les exécuter, ne tient sous sa dépendance toute une partie profonde de ma vie, comme fait le souvenir de ces aspects de notre clocher dans les rues derrière l’église. Qu’on l’eût vu à cinq heures, quand on allait chercher les lettres à la poste, à quelques maisons de soi à gauche, surélevant brusquement d’une cime isolée la ligne de faîte des toits ; ou que, poussant plus loin, si on allait à la gare, on le vit obliquement, montrant de profil des arêtes et des surfaces nouvelles comme un solide surpris à un moment inconnu de sa révolution, c’était toujours à lui qu’il fallait revenir, toujours lui qui dominait tout, sommant les maisons d’un pinacle inattendu, levé devant moi comme le doigt de Dieu dont le corps eût pu être caché dans la foule des humains sans que je le confonde malgré cela avec elle.

Et aujourd’hui encore, si dans une grande ville de province ou dans un quartier de Paris que je connais mal, un passant qui m’a « mis dans mon chemin » me montre au loin comme point de repère tel beffroi d’hôpital, tel clocher de couvent levant la pointe de son bonnet ecclésiastique au coin d’une rue que je dois prendre, pour peu que ma mémoire puisse obscurément lui trouver quelque trait de ressemblance avec la figure chère et lointaine, le passant, s’il se retourne pour s’assurer que je ne m’égare pas, peut à son étonnement m’apercevoir qui, oublieux de la promenade entreprise ou de la course obligée, reste là devant le clocher, essayant de me souvenir, sentant au fond de moi des terres reconquises sur l’oubli qui s’assèchent et se rebâtissent ; et sans doute alors, plus anxieusement que tout à l’heure quand je lui demandais de me renseigner, je cherche encore mon chemin, je tourne une rue… mais… c’est dans mon cœur…

Marcel Proust

Eglise de Criquebeuf 1907 - Collection privée - Tous droits réservés

En 2018, visiter l'église de Cricqueboeuf (à 31 km de Cabourg) : plan d'accès

Visite vidéo

Retrouver les articles de presse de Marcel Proust grâce au blog de Yuri Cerqueira  dos Anjos  :http://proustpresse.hypotheses.org/a-propos , onglet Corpus

 

Fac similé de l'Eglise de village - Le Figaro 3 septembre 1912 sur gallica.bnf.fr

 

Meilleurs voeux pour 2018          Cabourg, le 16 janvier 2018

 

Madame, Monsieur, Cher(e) Ami(e),

 

J’espère que vous avez passé de bonnes fêtes de fin d’année.

Au nom du Bureau et en mon nom personnel, je vous présente, à chacune et à chacun de vous, tous nos meilleurs vœux pour 2018, de santé d’abord, de bonheur, d’épanouissement et de paix pour vous-même, vos familles et tous ceux qui vous sont chers.

Je souhaite aussi à notre Cercle de prospérer durant les mois à venir. Vous pouvez compter sur nous et sur notre engagement.                         ... suite

- Jérôme Bastianelli, lauréat de la 9ème Madeleine d'Or, a été élu président de la SAMP

- Dimanche 21 janvier : Une journée dans la vie de Marcel Proust, France-Inter 21h (Autant en emporte l'histoire), avec Jean-Yves Tadié

Lettres de référence de Marcel Proust

 

Nouvelle rubrique coordonnée par Jean-Paul Henriet

Seront présentées des correspondances marquantes dans la vie et l'oeuvre de Marcel Proust

 

9, boulevard Malesherbes

Jeudi 10 heures

(28 septembre ? 1893)

Mon cher petit papa,

 

J’espérais toujours finir par obtenir la continuation des études littéraires et philosophiques pour lesquelles je me crois fait. Mais puisque je vois que chaque année ne fait que m'apporter une discipline de plus en plus pratique, je préfère choisir tout de suite une des carrières pratiques que tu m'offrais (NOTE : Marcel Proust ayant réussi à ses examens pour la licence en droit (son diplôme porte la date du 10 octobre 1893), son père le somme de tirer quelque profit des études qu'il vient d'achever). Je me mettrai à préparer sérieusement, à ton choix, le concours des affaires étrangères ou celui de l'Ecole des chartes. - Quant à l'étude d'avoué, je préférerais mille fois entrer chez un agent de change. D'ailleurs sois persuadé que je n'y resterais pas trois jours ! (NOTE : Plus tard, Proust fera rétrospectivement allusion à un avoué - Me Gustave Brunet - chez lequel il a fait un stage de quinze jours quand il faisait son droit (CG VI, 195). Ce n'est pas que je ne croie toujours que toute autre chose que je ferai autre que les lettres et la philosophie, est pour moi du temps perdu. Mais entre plusieurs maux il y en a de meilleurs et de pires. Je n'en ai jamais conçu de plus atroce, dans mes jours les plus désespérés, que l'étude d'avoué. Les ambassades, en me la faisant éviter, me sembleront non ma vocation, mais un remède.

J'espère que tu verras ici M. Roux et M. Fitch. Chez M. Fitch il y a je crois Delpit. Je te rappelle (crainte de break) (NOTE : Le sens que Proust veut exprimer par le mot anglais break, semble-t-il, est : une gaffe) que c'est le frère de Mme Guyon (NOTE : Mme Félix Guyon, née Delpit (Tout-Paris, 1893) avait deux frères. Celui que le docteur Proust pouvait rencontrer était Édouard Delpit (1844-1900), homme de lettres. La gaffe contre laquelle Marcel veut prémunir son père se rapporte à l'autre frère, Albert Delpit (1849-1893), romancier, poète et auteur dramatique, mort le 4 janvier 1893, victime de l'abus du chloral. Goncourt raconte à ce propos quelques anecdotes : Journal des Goncourt, VII (1894), pp. 63-64, Jeudi 10 septembre (1885). On a désigné le docteur Guyon comme l'un des modèles du docteur Cottard. Félix Guyon (1831-1920), urologiste célèbre, chirurgien de l'hôpital Necker, membre de l'Académie des sciences et de l'Académie de médecine, était connu pour son amour des calembours et des artabanismes).

Je suis charmé de me retrouver à la maison dont l'agrément me console de la Normandie et de ne plus voir (comme dit Baudelaire en un vers dont tu éprouveras j'espère toute la force)

 

… le soleil rayonnant sur la mer

 

 (NOTE : Les Fleurs du Mal, LVI, Chant d'Automne)

 

Je t'embrasse mille fois de tout mon cœur.

Ton fils

Marcel

 

P.S. - Tu serais bien gentil d'écrire à Maman si tu as vu Kopff (NOTE : Le docteur Kopff (1846-1907), médecin major de l'état-major du gouvernement militaire de Paris, oculiste à l'hôpital Saint-Joseph et au dispensaire Furtado-Heine) depuis ton séjour chez les Brouardel (NOTE : Le docteur Paul-Camille-Hippolyte Brouardel (1837-1906) était professeur de médecine légale et, comme son ami le docteur Proust, médecin hygiéniste. Il était déjà doyen de la Faculté de médecine, membre de l'Académie de médecine et de l'Académie des sciences 1892. C'est lui qui avait assisté, avec Adrien Proust, aux conférences sanitaires internationales de Venise et de Dresde, celle-ci au mois de mars 1893. C'est Mme Brouardel, née Laure Lapierre, qui avait peint, en 1891, le portrait d'Adrien Proust qui fut exposé à la Bibliothèque nationale en 1965), pour ce qui regarde mon examen d'officier.

Une  amie de Vinteuil à Venise

par Annick Polin

 

14/12 Après le survol des Alpes enneigées, me voici sur la lagune : le bateau à moteur suit d’abord tranquillement les alignements de bricole(1), puis s’ébroue, file et bondit jusqu’à la riva degli Schiavoni.  Dans le blanc des nuages, un rayon de soleil : l’air vibre, l’eau miroite soudain.

Quand le dimanche 17/12, par grand beau, je regarderai San Marco depuis le campanile de San Giorgio Maggiore, je reconnaîtrai la franche lumière que peint Canaletto le jour de l’Ascension 1731 ou 32 (2), celle qui dessine précisément les angles du Palais des Doges,

tandis qu’à notre arrivée, c’était plutôt la lumière des toiles de  Monet (3), humide, marine, qui estompe les formes et pâlit le rose de la brique.

Nous accostons presque devant la façade gothique du palais Dandolo (4), où nous allons séjourner, comme Proust, Musset et  Georges Sand, Wagner, Debussy… 

Si l’intérieur de l’hôtel historique est fastueux, c’est la vue depuis le dernier étage du Danieli Excelsior qui envoûte : inoubliable petit déjeuner avec vue à droite sur la piazzetta  San Marco : le campanile et les colonnes de granit venues de Césarée, et les  gondoles accostées au molo ; de l’autre côté du grand canal, sur le Dorsoduro, l’église de La Salute, et  plus loin encore l’église du Redentore sur  la Giudecca,  et puis l’îlot de San Giorgio Maggiore. Et pour guider nos yeux d’un point à l’autre, des vaporetti  ici, puis là, ici et là des gondoles et  des bateaux à moteur, contrastant avec l’immobilité du gros Costa, bientôt interdit par les Vénitiens.

 

15/12 au soir, au palazzo Contarini Polignac, une conférence de Luc Fraisse nous fait entrer dans l’intimité de Proust : du côté de sa famille, et du côté de ses amis : Marie Norlinger, dont nous écoutons la voix, et son cousin Reynaldo Hahn, dont nous écoutons le piano sous les doigts d’Anne-Lise Gastaldi, celui-là même que le musicien avait fait installer dans la coque pansue de la grosse péotte noire (5) , pour pouvoir accompagner ses mélodies vénitiennes, chantées en plein air sur des "piccoli canali" à la demande de Madame de Béarn.   

 

 

 

 

 

 

Ce fut une conférence-confidences qui  nous a tous remplis d’émotion, nous préparant à entendre le lendemain, Reynaldo lui-même : son journal lu par Clément Hervieu Léger, ses chants et sa musique interprétés par  la soprano Marie-Laure Garnier  et la pianiste Anne-Lise Gastaldi.

Et puis Anne Lise au piano et Virginie Buscail au violon  nous ont littéralement empoignés le cœur et le corps avec la sonate  opus 75 de Saint-Saëns. Inoubliable concert !

Le 16/12 au matin, Camille Devernantes a dévidé, pour nous guider dans la Venise de La Recherche, le fil qui relie le manteau d’Albertine au tableau de Carpaccio (vu à la Galleria dell’Academia), via les tissus de Fortuny (vus dans  son atelier de la Giudecca).

C’était une mise en bouche et en espace du texte proustien qui donnait aux auditeurs un sourire gourmand : le  plaisir était décuplé par cette synesthésie des émotions, littéraires et géographiques. A la différence du narrateur, désenchanté dès lors que sa mère quitte Venise, nous assistions à la lente réalisation de notre [bonheur], construit artistement, sans hâte, mot par mot, par Proust/Camille Devernantes.

 

 

 

Comme le narrateur  et sa mère, à l’avant-veille de notre départ, nous voulûmes pousser jusqu’à Padoue où se trouvaient ces Vices et ces Vertus dont Swann [lui] avait donné les reproductions. Nous avons effectivement vu La Charité de Giotto, la puissante ménagère,  tend[re] à Dieu son cœur enflammé,(…) comme une cuisinière passe un tire-bouchon par le soupirail de son sous-sol à quelqu'un qui le lui demande à la fenêtre du rez-de-chaussée.

 

 

 

 

Nous avons même eu le temps (nous étions seules lors de notre 2ème visite de la  la chapelle Scrovegni, le même jour !) de reconnaître, dans  la fresque de « la lamentation du Christ », les anges exécutant  des loopings, fondant vers le sol la tête en bas à grand renfort d'ailes.

J’ai été pour ma part  émue de retrouver dans l’église des Eremitani, (où le soir nous avons eu la chance d’écouter les Solisti Veneti), la trace, puisque la fresque du martyre de saint Jacques de Mantegna a été terriblement endommagée par les bombardements, du guerrier purement décoratif, appuyé sur son bouclier, tandis qu'on se précipite et qu'on s'égorge à côté de lui, auquel le narrateur compare un grand gaillard en livrée, immobile, sculptural, chez la marquise de Saint-Euverte.

Et aussi, comme en écho à mon propre travail sur la conversion de saint Augustin (6), une fresque de Guariento représentant le saint dans le petit jardin de Milan.

 

Séjour enchanteur donc,

dans la cité de marbre et d'or « rehaussée de jaspe et pavée d'émeraudes».

 

Grand merci aux intervenants  et aux organisateurs,

Nous  guettons déjà  les prochaines propositions !

 

Annick POLIN

 

http://annickpolin.wixsite.com/litterature-peinture

(1) Bricole : pieux groupés attachés par des cordes qui servent de repère.

(2) Canaletto, Venise, le Bucentaure de retour au Môle, le jour de l'Ascension. Vers 1731-1732. Durham, Bowes Museum.

(3) Monet, Saint Georges le Majeur 1908 - Indianapolis Museum of art.

(4) Visible à gauche de la toile de Canaletto : le Môle  et la riva degli Schiavoni vus du bassin de San Marco vers 1730, Kunsthistoriches Museum ,Vienne.

(5) Henri de Régnier dans « L’Altane ou la vie vénitienne ».

(6) Conférence :parcours  croisé Littérature et Peinture sur la conversion de saint Augustin, à 17h45, le 10 janvier 2018, à l’auditorium du Musée des Beaux-Arts de Caen.

Venise Padoue - décembre 2017

Photos Jean-Paul Henriet - Tous droits réservés

Les écrivains et la presse - BNF site Mitterrand, à partir du 10 février

Rencontre Stéphane Heuet -Lorenza Foschini à Nevers le 10 février

Décès de l'éditeur Bernard de Fallois (éditeur chez Gallimard de Jean Santeuil et Contre Sainte-Beuve)

Proust et Fortuny - L'Art est la matière -France Culture

Marcel Proust, premier mouvement - La Compagnie des auteurs France Culture - 4 émissions en ré-écoute octobre 2017

Lettres de référence de Marcel Proust

 

Nouvelle rubrique coordonnée par Jean-Paul Henriet

Seront présentées des correspondances marquantes dans la vie et l'oeuvre de Marcel Proust

 

NOTE : Cette lettre a été écrite par Marcel Proust à sa Mère, quelques jours après le décès de son Père. On le sait, celui-ci, le 24 novembre 1903, pendant qu’il présidait un jury de Thèse à la Faculté de Médecine, fut victime d’une hémorragie cérébrale. Ramené à son domicile, au 45, rue de Courcelles, par Robert Proust, il y succombera le surlendemain matin, jeudi 26 novembre.

A sa MERE

(Vers décembre 1903)

Ma chère petite Maman,

 

Je t'écris ce petit mot, pendant qu'il m'est impossible de dormir, pour te dire que je pense à toi. J'aimerais tant, et je veux si absolument, pouvoir bientôt me lever en même temps que toi, prendre mon café au lait près de toi. Sentir nos sommeils et notre veille répartis sur un même espace de temps aurait, aura pour moi tant de charme. Je m'étais couché à 1 heure 1/2 dans ce but mais ayant eu besoin de me relever une seconde pour aller aux cabinets il m'a été impossible de retrouver mon épingle anglaise (qui ferme et rétrécit mon caleçon). Autant dire que ma nuit était finie, mon ventre n'était plus maintenu. J'ai cherché à en trouver une autre dans ton cabinet de toilette etc. etc. et n'ai réussi qu'à attraper un fort rhume dans ces promenades (fort est une plaisanterie) mais d'épingle pas. Je me suis recouché mais sans repos possible. Du moins très bien tout de même je charme la nuit du plan d'existence à ton gré, et plus rapprochée encore de toi matériellement par la vie aux mêmes heures, dans les mêmes pièces, à la même température, d'après les mêmes principes, avec une approbation réciproque, si maintenant la satisfaction nous est hélas interdite. Pardon d'avoir laissé le bureau du fumoir en désordre, j'ai tant travaillé jusqu'au dernier moment (Remarque : Proust travaille à la traduction de La Bible d’Amiens). Et quant à cette belle enveloppe, c'est la seule que j'aie sous la main. Fais taire Marie (Remarque : femme de chambre de Mme Proust) et Antoine (Remarque : domestique des Proust) et laisser fermée la porte de la cuisine qui livre passage à leur voix.

Mille tendres baisers.

 

Marcel

Je sens que je vais très bien dormir maintenant.

Jérôme Bastianelli et Isabelle Serça à Cabourg pour la remise de la 9ème Madeleine d'Or

Pour cette 9e Madeleine d’or attribuée à une œuvre concernant Marcel Proust, le Cercle littéraire proustien de Cabourg-Balbec a choisi, pour la première fois en 17 ans, de se réunir au Casino de Cabourg plutôt qu’au Grand-Hôtel puisque ce lieu a été fréquenté en maintes occasions par l’écrivain lors de ses séjours  à Cabourg de 1907 à 1914. Il s’y rendait le soir, du moins lors des premières années, pour jouer au baccarat, le jeu ayant tenu une place importante dans son existence et contribué à mettre à mal la fortune qu'il avait héritée de son oncle Weil. Tous les membres du jury de la Madeleine d’or étaient présents, soit Madame Bloch-Dano sa présidente, écrivaine et biographe, Jérôme Clément président de l’Alliance française, Madame Elyane Dezon-Jones professeur de littérature, Laurent Fraisse administrateur adjoint des Finances Publiques, le professeur Luc Fraisse de l’Université de Strasbourg, le docteur Jean-Paul Henriet président du Cercle littéraire proustien de Cabourg-Balbec et Jérôme Prieur, écrivain et cinéaste.

La journée débutait à 16h30 par la conférence de Madame Isabelle Serça sur le thème « Proust et la mémoire : de la Recherche aux neurosciences », que cette universitaire,  professeur de lettres à Toulouse, n’a pu que  survoler de façon fort agréable et d’une voix mélodieuse tant le sujet est vaste, plaçant la mémoire au cœur de sa réflexion. Mémoire involontaire qui est la forme prise par la réminiscence et mémoire volontaire qui nous place dans le courant de l’histoire. Ce que Proust a privilégié dans son oeuvre, ce sont les mouvements de notre mémoire, ceux qui échappent à la raison et à la réflexion, ceux qui touchent aux impressions les plus volatiles et où, probablement, réside l’essentiel. Il s’interrogera aussi sur le phénomène de l’oubli, tant il est  vrai que mémoire et oubli sont indissociables. Qu’est-ce qu’un souvenir dont on ne se rappelle pas ? 

 

                         Suite du compte-rendu sur le blog Interligne d'Armelle Barguillet-Hauteloire

Isabelle Serça et Jérôme Bastianelli sur le toît du Grand Hôtel de Cabourg le 26 novembre 2017 (Photographies de Jean-Paul Henriet)

Journée d’Automne de la Société des Amis de Marcel Proust

du samedi 18 novembre 2017 à la Maison de Tante Léonie, à Illiers-Combray

 

par Jean-Paul Henriet

 

Le matin, Madame Mireille Naturel, Secrétaire-Générale, accueillait les participants et annonçait l’absence de Monsieur Jean-Yves Tadié, Vice-Président, empêché en dernière minute.

Puis elle rendit un vibrant hommage à Monsieur Claude Contamine, Président de la Société des Amis de Marcel Proust, décédé brutalement durant l’été. La projection d’un extrait du film « Proust lu », réalisé par Véronique Aubouy, a montré Claude Contamine dans l’intimité de sa retraite, à la pointe extrême de la Bretagne, où il aimait tant se ressourcer en famille ou avec des amis. Un grand moment d’émotion… Une minute de silence a été respectée à sa mémoire.

Les participants ont ensuite visité une exposition de photos, très riche et très intéressante, de Madame Monique Bailleau : « Marcel Proust et John Ruskin à Venise ». Une immersion dans la Venise de 1900, bien différente de celle d’aujourd’hui ! Cette exposition perdure jusqu’au 12 décembre.

L’après-midi, Monsieur Jérôme Bastianelli a présenté son dernier ouvrage, le « Dictionnaire Proust – Ruskin » paru tout récemment aux éditions Classiques Garnier. Il a évoqué également, dans une conférence illustrée, « Ruskin à Illiers », soulignant les points communs entre la ville d’Illiers, l’œuvre de Proust et les ouvrages de Ruskin. Des convergences passionnantes et méconnues…

Madame Cynthia Gamble est venue ensuite présenter la « Ruskin Society », une Société anglaise qui a connu de longs moments de calme mais qui, maintenant, revit brillamment sous l’impulsion de passionnés de Ruskin.

La journée s’est terminée par une remarquable lecture – concert autour de Proust, avec, pour les lectures, Madame Isabelle Guiard, et, pour le piano, Monsieur Gérard Torikian. Les principaux personnages féminins de La Recherche prenaient vie à travers la voix de la comédienne…

Cette réunion, très appréciée, s’est terminée chaleureusement par un verre de l’amitié.

Proust et Fortuny - L'Art est la matière -France Culture 12 novembre

Performance de Véronique Aubouy le 14 décembre - La Recherche du temps perdu en une heure

Livres - Parutions récentes : Atelier Albertine, L'herbier de Marcel Proust, Ecrit dans le noir Essais sur la littérature, Une jeunesse de Marcel Proust   ... plus d'informations

Marcel Proust, premier mouvement - La Compagnie des auteurs France Culture - 4 émissions en ré-écoute octobre 2017

"Un amour de Swann" Ciné 13 Théâtre à Paris jusqu'au 31 décembre

Exposition Fortuny au palais Galliera à partir du 4 octobre 2017

Rediffusion de l'émission Invitation au voyage Cabourg et Proust

Qu'est-ce qui faisait courir Proust, article en ligne du Point avec Jean-Paul Henriet

Marcel Proust dans un film de mariage de 19O4, celui d'Elaine Greffulhe et d'Armand de Guiche ...

Lettres de référence de Marcel Proust

 

Nouvelle rubrique coordonnée par Jean-Paul Henriet

Seront présentées des correspondances marquantes dans la vie et l'oeuvre de Marcel Proust

 

Les CLES de Marcel PROUST

 

A Jacques de LACRETELLE

Paris 20 avril 1918

Un Paris Plage et fin de saison, très vide depuis le canon et les Gothas

et où je regrette que nous ne fréquentions pas le même casino.

Cher Ami,

Il 

Il n’y a pas de clefs pour les personnages de ce livre ; ou bien il y en a huit ou dix pour un seul ; de même pour l'église de Combray, ma mémoire m'a prêté comme « modèles » (à fait poser), beaucoup d'églises. Je ne saurais plus vous dire lesquelles. Je ne me rappelle même plus si le pavage vient de Saint-Pierre-sur-Dives ou de Lisieux. Certains vitraux sont certainement les uns d'Evreux, les autres de la Sainte Chapelle et de Pont-Audemer.

Mes souvenirs sont plus précis pour la Sonate. Dans la mesure où la réalité m'a servi, mesure très faible à vrai dire, la petite phrase de cette Sonate, et je ne l'ai jamais dit à personne, est (pour commencer par la fin), dans la Soirée Sainte-Euverte, la phrase charmante mais enfin médiocre d'une Sonate pour piano et violon de Saint-Saens, musicien que je n'aime pas. (Je vous indiquerai exactement le passage qui vient plusieurs fois et qui était le triomphe de Jacques Thibaut). Dans la même soirée un peu plus loin, je ne serais pas surpris qu'en parlant de la petite phrase j'eusse pensé à l'Enchantement du Vendredi Saint. Dans cette même soirée encore (page 241), quand le piano et le violon gémissent comme deux oiseaux qui se répondent j'ai pensé à la Sonate de Franck surtout jouée par Enesco (dont le quatuor apparaît dans un des volumes suivants). Les trémolos qui couvrent la petite phrase chez les Verdurin m'ont été suggérés par un prélude de Lohengrin mais elle-même à ce moment-là par une chose de Schubert. Elle est dans la même soirée Verdurin un ravissant morceau de piano de Fauré. Je puis vous dire que (Soirée Saint-Euverte) j'ai pensé pour le monocle de M. de Saint-Candé à celui de M. de Bethmann (pas l’Allemand, bien qu'il le soit peut’être d'origine, le parent des Hottinguer) pour le monocle de M. de Forestelle à celui d'un officier, frère d'un musicien qui s'appelait M. d'Ollone, pour celui du général de Froberville au monocle d'un prétendu homme de lettres, une vraie brute que je rencontrais chez la Princesse de Wagram et sa sœur et qui s'appelait Mr de Tinseau. Le monocle de M. de Palancy est celui du pauvre et cher Louis de Turenne qui ne s'attendait guère à être un jour apparenté à Arthur Meyer si j’en juge par la manière dont il le traita un jour chez moi. Le même monocle de Turenne passe dans le Côté de Guermantes à M. de Bréauté je crois. Enfin j'ai pensé pour l'arrivée de Gilberte aux Champs-Elysées par la neige, à une personne qui a été le grand amour de ma vie sans qu'elle l'ait jamais su (ou l'autre grand amour de ma vie car il y en a au moins deux) Mlle Benardaky, aujourd'hui (mais je ne l'ai pas vue depuis combien d'années) Princesse Radziwill. Mais bien entendu les passages plus libres relatifs à Gilberte au début de À l'ombre des Jeunes filles en fleurs ne s'appliquent nullement à cette personne car je n'ai jamais eu avec elle que les rapports les plus convenables. Un instant, quand elle se promène près du Tir aux Pigeons j'ai pensé pour Me Swann à une cocotte admirablement belle de ce temps-là qui s'appelait Clomesnil. Je vous montrerai des photographies d'elle. Mais ce n'est qu'à cette minute-là que Me Swann lui ressemble.

Je vous le répète les personnages sont entièrement inventés et il n'y a aucune clef. Ainsi personne n'a moins de rapports avec Madame Verdurin que Madame de Briey. Et pourtant cette dernière rit de la même façon.

Cher ami je vous témoigne bien maladroitement ma gratitude de la peine touchante que vous avez prise pour vous procurer ce volume en le salissant de ces notes manuscrites. Pour ce que vous me demandez de copier, la place manquerait mais si vous le voulez je pourrai le faire sur des feuilles détachées que vous intercalerez. En attendant je vous envoie l'expression de mon amicale reconnaissance.

 

Marcel Proust

 

Je vois décidément la réalité se reproduit par division comme les infusoires, aussi bien que par amalgame, que le monocle de M. de Bréauté est aussi celui de Louis de Turenne.

 

vers le texte annoté par Philippe Kolb ...

9ème Prix Littéraire du Cercle Littéraire Proustien de Cabourg-Balbec

 

Madame, Monsieur, Chers Amis,

 

Vous savez que chaque année impaire, le Cercle Littéraire Proustien de Cabourg-Balbec décerne un Prix, la « Madeleine d’Or », qui, selon le règlement, « a pour objet de couronner un ouvrage de langue française, paru depuis le lancement du Prix précédent et permettant soit la découverte et l’appropriation, soit l’approfondissement de l’œuvre de Marcel Proust ».

 

Le Jury qui le décerne est composé de Madame Evelyne Bloch-Dano, Présidente du jury, et de six membres : Madame Elyane Dezon-Jones, Messieurs Jérôme Clément, Laurent Fraisse, Luc Fraisse, Jean-Paul Henriet et Jérôme Prieur.

 

Le Jury s’est réuni à Paris le mardi 26 septembre 2017.

 

Huit ouvrages étaient en compétition (par ordre alphabétique) :

 

1) A la recherche de Robert Proust par Diane de Margerie (Flammarion)

2) Charlus par Philippe Berthier (Editions de Fallois)

3) Dictionnaire Proust-Ruskin par Jérôme Bastianelli (Classiques Garnier)

4) Le professeur Marcel Proust par François-Bernard Michel (Gallimard)

5) L’œil cinématographique de Proust par Thomas Carrier-Lafleur(Classiques Garnier)

6) Madame Lemaire, une amie de Marcel Proust par Yves Uro (Editions L’Harmattan)

7) Marcel Proust, une vie à s’écrire par Jérôme Picon (Flammarion)

8) Proust écrivain de la musique par Cécile Leblanc (Editions Brepols)

 

Le Jury a noté la très grande qualité des ouvrages en compétition cette année et tient à féliciter leurs auteurs. Puis, après différents échanges très riches, il a attribué le 9ème Prix de la Madeleine d’Or au « Dictionnaire Proust-Ruskin » de Jérôme Bastianelli. Nous tenons à féliciter chaleureusement Monsieur Bastianelli pour ce très important travail, qui dépasse largement le cadre strict de Proust et de Ruskin, et qui sera, pour les proustiens débutants comme pour les lecteurs confirmés, d’une aide précieuse pour la connaissance tant du romancier Marcel Proust que de son œuvre immense.

Le prix de la Madeleine d’Or sera officiellement remis à Monsieur Jérôme Bastianelli le samedi 25 novembre prochain, dans les salons du Casino de Cabourg, par Madame Bloch-Dano, Présidente du Jury, et par le Docteur Henriet, Président du Cercle Littéraire Proustien de Cabourg-Balbec, lors d’un dîner ouvert aux membres du Cercle et aux non-membres (bulletin d'inscription ci-joint à télécharger).

Je vous prie de croire, Madame, Monsieur, Chers Amis, en l’expression de mes sentiments les meilleurs.

  

Docteur Jean-Paul Henriet

Président du Cercle Littéraire Proustien de Cabourg-Balbec

Bulletin d'inscription pour la 9ème Madeleine d'Or le 25 novembre 

 

Inscription 25 novembre 2017
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Exposition Palais Galliera

Exposition Fortuny, un espagnol à Venise au Palais Galliera jusqu'au 7 janvier 2018

 

... Pour les toilettes, ce qui lui plaisait surtout à ce moment, c'était tout ce que faisait Fortuny. Ces robes de Fortuny, dont j'avais vu l'une sur Mme de Guermantes, c'était celles dont Elstir, quand il nous parlait des vêtements magnifiques des contemporaines de Carpaccio et du Titien, nous avait annoncé la prochaine apparition, renaissant de leurs cendres, somptueuses, car tout doit revenir comme il est écrit aux voûtes de Saint-Marc, et comme le proclament, buvant aux urnes de marbre et de jaspe des chapiteaux byzantins, les oiseaux qui signifient à la fois la mort et la résurrection. Dès que les femmes avaient commencé à en porter, Albertine s'était rappelé les promesses d'Elstir, elle en avait désiré, et nous devions aller en choisir une. Or ces robes, si elles n'étaient pas de ces véritables robes anciennes, dans lesquelles les femmes aujourd'hui ont un peu trop l'air costumées et qu'il est plus joli de garder comme pièces de collection (j'en cherchais, d'ailleurs, aussi de telles pour Albertine), n'avaient pas non plus la froideur du pastiche, du faux ancien. À la façon des décors de Sert, de Bakst et de Benoist, qui, à ce moment, évoquaient dans les ballets russes les époques d'art les plus aimées – à l'aide d'oeuvres d'art imprégnées de leur esprit et pourtant originales – ces robes de Fortuny, fidèlement antiques mais puissamment originales, faisaient apparaître comme un décor, avec une plus grande force d'évocation même qu'un décor, puisque le décor restait à imaginer, la Venise tout encombrée d'Orient où elles auraient été portées, dont elles étaient, mieux qu'une relique dans la châsse de Saint-Marc évocatrice du soleil et des turbans environnants, la couleur fragmentée, mystérieuse et complémentaire.

 

La Prisonnière

http://alarecherchedutempsperdu.org/marcelproust/384                                     suite ...

Le duel Marcel Proust - Jean Lorrain

par Jacques Falce,

 

Le mercredi 3 février 1897 le journaliste Jean Lorrain écrivit un article virulent dans sa rubrique '' Pall Mall '' pour  '' Le Journal '', se moquant de Proust et de ses amis en attaquant '' Les Plaisirs et les Jours ''. Après avoir tourné en dérision Anatole France pour avoir écrit la préface et tourné en ridicule les dessins de Madeleine Lemaire, Lorrain lançait sa flèche la plus empoisonnée : '' Soyez assurés '' - il alertait ses lecteurs - '' que pour son prochain livre, M. Marcel Proust obtiendra une préface de M. Alphonse Daudet... qui ne pourra pas refuser cette préface soit à Madame Lemaire soit à son fils Lucien ''…

Devant les implications scandaleuses de Lorrain, Proust savait qu'il n'avait pas le choix ; il devait protéger l'honneur familial en provoquant le chroniqueur en duel. Malgré son état nerveux et souffreteux, il ne recula pas de s'exposer lui même au danger ou même à la mort. Quand il était provoqué Proust pouvait être emporté...

Pour les préparatifs de ce duel avec Lorrain,  ...   suite 

Gare de Dives-Cabourg 1907- Coll. privée tous droits réservés

Liste de présélection pour le prix du cercle littéraire proustien 

8 ouvrages sélectionnés )

Marcel Proust, Ruskin et la cathédrale d'Amiens,

Marcel Proust n’a jamais foulé le sol de l’Angleterre, pas plus qu’il ne parlait un mot d’anglais. L’écrivain s’est même opposé de son vivant à la traduction de son œuvre qui, selon lui, en aurait été déformée. Homme de toutes les contradictions, Marcel Proust s’est pourtant lancé dans une entreprise surprenante : la traduction depuis l’anglais des écrits esthétiques de John Ruskin alors même qu’il maîtrisait mal la langue. En cela il fut aidé par sa mère et quelques amis. Par ailleurs, la préface que Proust consacre à « La Bible d’Amiens »  éclaire non seulement la pensée de Ruskin, mais aussi sa propre pensée et sa conception de l’art. Au fil de la lecture s’esquisse les préoccupations de Proust sur l’esthétique et la place qu’il donnera à l’art dans ses ouvrages. John Ruskin se mue en révélateur de la pensée proustienne et son influence marque incontestablement « La Recherche du temps perdu ». Voyons comment ...

 

                                                       Suite sur le blog d'Armelle Barguillet- Hauteloire...

Lettres de référence de Marcel Proust

Nouvelle rubrique coordonnée par Jean-Paul Henriet

Seront présentées des correspondances marquantes dans la vie et l'oeuvre de Marcel Proust

 

 

Louisa de MORNAND à Marcel Proust

 

Casino et Etablissement Thermal de Vichy, le 13 juillet (1904)

 

J’étais heureuse, vous le savez Marcel, vous mon meilleur ami. J’adorais Louis, et malgré tout je faisais encore de beaux rêves pleins de bonheur pour l’avenir. Or, ce matin… Mon Dieu, quand je pense que toutes mes illusions existaient encore ce matin et que maintenant je ne sais rien, je ne vois rien, j’ignore où je vais et vers qui je vais. Eh bien ce matin, j’ai reçu de Louis une lettre de huit pages où il ne me disait pas une parole sur ma santé, sur moi enfin. Cette lettre ne parlait que de son mariage, il ne cessait de me répéter qu’il fallait garder le silence sur nos relations, et qu’il lui avait été dit que j’avais raconté à quelqu’un qu’il m’écrivait encore. Comme il m’est impossible de parler de lui sans éclater en sanglot, vous voyez bien vous-même que je ne pouvais me risquer à cela dans mes conversations, ce qui fait donc que le nom de Louis n’a pas été prononcé une seule fois ici si ce n’est avec ma famille. Mais une fois, j’étais dans les salons du Cercle, je me suis aperçue qu’un groupe de personnes parlaient de moi et en passant à côté d’eux j’ai entendu ceci ; voilà plusieurs années qu’ils sont ensemble, il va épouser la petite Massena mais je crois que sa maîtresse ne le sait pas.

Ils ne m’ont pas vue quand j’ai passé près d’eux.

Mon petit Marcel, vous à qui avant de partir je faisais tant l’éloge de celui que j’appelais mon Louis, c’est à vous maintenant que je viens confier toutes mes désillusions. Louis ne m’a même pas dit un mot de tendresse à la fin de sa lettre. Non vous ne pouvez vous douter de ce qu’est mon chagrin et mon désespoir. Je suis comme un navire sans voiles, je ne sais où diriger mes idées, je n’aurais jamais cru qu’il se désintéresserait si vite de moi pour tant s’intéresser à elle. Qu’a-t-elle donc mon Dieu ? Ma vie vient de changer tout à fait je n’ai plus ni goûts ni désirs. Me comprendrez-vous Marcel ?

A vous toutes mes plus chères pensées.

 

Louisa

 

Vers la rubrique Lettres de référence ...

   

« Comment va la Charité de Giotto ? »           Et… la  Laitière de Vermeer ?

par Annick Polin

(article 3/3)

 

Si les « fragments du monde » et les activités sélectionnés par Vermeer  réfèrent à la Hollande du XVIIème siècle, autre chose nous retient : " l'impression particulière que la couleur [et que la lumière] produit "                                                                                                       

Cette lumière, incarnée par la couleur, qui, dans La Liseuse à la fenêtre par exemple, sculpte le front de la lectrice et la lettre elle-même comme en un lien réflexif, contribue à capter notre attention et à nous faire vivre  à notre tour la concentration  de la dentellière, de la laitière, de la femme à la lettre ou  à la balance.

De la scène de genre, on passe ainsi à l’allégorie de l’Attention, et par là à la peinture d’histoire, porteuse d’un message.

Ainsi en est-il de La Laitière qui s’inscrit dans la densité du réel, avec la présence très matérielle du mur, de la nature morte et du tablier bleu. A la différence de certains critiques qui se projettent dans l’étape suivante de la recette du pain perdu, elle est toute entière absorbée dans son geste de fille de cuisine, toute entière présente  à l’écoulement maîtrisé du lait. Rien d’autre que le juste geste, ici et maintenant. Et le titre donné au tableau atteste bien le symbole nourricier qu’on lui attribue.

                                                                                                                 suite

Pourquoi les français ont-ils toujours adoré les duels ?

L'allée des duels à Villebon - Collection privée Jean-Paul Henriet

Le « duel » entre les deux tours de la présidentielle n’est pas à fleuret moucheté. Comme d’autres duels de l’histoire de France, de Marcel Proust à Gaston Defferre. Jean-Paul Henriet, ex-maire de Cabourg et président du Cercle proustien de Cabourg-Balbec, s’est amusé à en faire l’histoire.

 

Entretien  avec Jean-Paul Henriet  (Ouest-France 3 mai 2017)

 

Il y a cinquante ans, le 21 avril 1967, se déroulait le dernier duel connu en France… [

Oui, la veille, le 20 avril 1967, lors d’un débat agité de politique générale à l’Assemblée nationale. Gaston Defferre, alors maire de Marseille et président du groupe socialiste à l’Assemblée, excédé par les quolibets « fleuris » que lui adresse, depuis son banc, son collègue René Ribière, lui lance, dans un accès de colère : « Taisez-vous, abruti ! »

Ce haut fonctionnaire, préfet hors cadre, député gaulliste depuis 1958, n’apprécie pas. Peu après, dans la Salle des Quatre Colonnes, son honneur bafoué, Ribière exige de Defferre qu’il retire ses propos, ce que ce dernier refuse. Il demande alors réparation et un duel est décidé pour le lendemain. René Ribière, l’offensé, choisit « le fer », c’est-à-dire l’épée. On se battra jusqu’au « premier sang versé » ; les témoins des duellistes devront donc arrêter le combat à la première blessure sanglante. Le monde politique s’agite.

 

Quelle est la réaction des autorités ?

Le Général de Gaulle, président de la République, apprenant la nouvelle, envoie des émissaires pour tenter de résoudre à l’amiable le conflit. Georges Pompidou, Premier ministre, et Jacques Chaban-Delmas, président de l’Assemblée nationale, interviennent discrètement. Mais rien n’y fait.

 

                                                                                                   suite ...

Lettres de référence de Marcel Proust

Nouvelle rubrique coordonnée par Jean-Paul Henriet

Seront présentées des correspondances marquantes dans la vie et l'oeuvre de Marcel Proust

 

3 - Vermeer dans la correspondance de Marcel Proust

 

A Jean-Louis VAUDOYER

 

 (Le samedi 14 mai 1921)

 

Cher ami,

 

Je vous remercie bien tardivement de votre lettre (NOTE : la lettre du destinataire ne nous est pas parvenue. Mais Proust a communiqué à Gallimard le mardi 10 mai 1921, la lettre de Georges de Traz qui l’accompagnait, et que Vaudoyer avait transmise à Proust avec sa lettre. Voir ci-dessus, lettre 137 à Gallimard et sa note 3) et comme je deviens un peu gâteux, je ne sais pas au juste ce que je vous ai dit et crains de me répéter. Pourtant je n’ai pas pu vous parler de votre dernier Ver Meer ne vous ayant pas écrit depuis. Il est merveilleux. Cet artiste de dos qui ne tient pas à être vu de la postérité et ne saura pas ce qu’elle pense de lui est une admirable idée poignante (NOTE : L’Opinion, samedi 14 mai 1921, pp. 542 – 544, article intitulé « Le mystérieux Vermeer III ». on y lit (p. 544) : « Ce mépris du public, ce besoin de rester chez soi, Vermeer l’éprouvait si fortement, si jalousement, qu’il est parvenu à le préserver pour l’avenir ; et la seule apparence mortelle de lui que la postérité possède, c’est un homme assis, qui peint la figure d’un être cher, au milieu de chers accessoires familiers, - mais le peintre nous tourne le dos ». Vaudoyer précise que le tableau en question se trouve à la Galerie Czernin, à Vienne, et s’appelle L’Atelier du peintre. Il en donne la description, et écrit : « Nous tournant le dos, Vermeer est là, peignant cette touchante et douce figure (de sa fille). Il nous permet de savoir comment il se vêtait ; mais son visage nous reste inconnu, comme sa vie, comme sa mort ». Vous savez que Ver Meer est mon peintre préféré depuis l’âge de vingt ans et entre autres signes de cette prédilection (qui me fit envoyer Vuillard chez Paul Baignières (NOTE : Proust répète ce qu’il avait écrit en d’autres termes dans la lettre que nous datons du dimanche 1er mai 1921) j’ai fait écrire par Swann une biographie de Ver Meer dans Du côté de chez Swann (NOTE : Proust avait dit cela aussi dans sa lettre du 1er mai 1921 - lettre 117) en 1912. Dans ma réponse à votre enquête je demandais qu’au lieu des Watteau on demandât aux « Empires centraux » des Ver Meer (NOTE : allusion à une lettre que nous datons des premiers jours de février 1920. Voir Corr. XIX, lettre 36).

Je n’ai pas besoins de vous dire combien la lettre de M. de Traz m’émeut (NOTE : voir ci-dessus, note 2) plus qu’il ne peut même le comprendre car j’ai connu toute sa famille (NOTE 1 ci-dessous) dont les visages chargés d’esprit et de bonté sont au premier rang de mes souvenirs. Je crois que seul Gallimard (qui ne lui demandera certainement aucun droit) pourrait trouver le moyen de lui assurer l’exclusivité. Quand je vous verrai je vous parlerai de ce projet de dictionnaire balzacien (je rougis devant cette comparaison écrasante pour moi). Je crois qu’il ne faudrait pas le faire tout à fait sur le modèle de celui des œuvres de Balzac (NOTE : Répertoire de la Comédie humaine de Balzac, par A. Cerfberr et J. Christophe (1887). Cf. Corr. IV, p. 144, note 4), un peu moins littéral et en laissant une certaine place à l’histoire de impressions. Remerciez Monsieur de Traz de tout mon cœur.

Votre

Marcel Proust

 

Je ne sais si vous avez eu mon livre. Sinon je vous l’enverrai bien entendu.

 

NOTE 1 : Georges de Traz (voir ci-dessus note 3 de la lettre 137 à Gallimard) était le fils aîné d’Edouard de Traz (1833 ? – 1918), ingénieur, qui mourut à Genève à l’âge de 85 ans, au début de novembre 1918 (Le Temps, 3 novembre 1918, p. 3). Proust a dû le rencontrer chez Mme Lemaire. Il avait été président des Tramways du Nord, ainsi que du Dakar Saint-Louis et du Bône – Guelma. Son second fils était Robert de Traz (1884 – 1951), écrivain suisse, né à Paris, qui dirigeait avec Jacques Chenevière la Revue de Genève. Voir Corr. XIX, lettre 154 et sa note 9. – Vers 1893, Proust voyait souvent Jean de Traz qu’il évoque chez les Baignières. Voir Corr. I, lettre 71. Il est né à Paris en 1875, et devint ingénieur. Il était le fils d’Albert de Traz).

 

                   

Le samedi 25 novembre 2017, sera attribué le 9ème prix du Cercle littéraire proustien, Madeleine d'Or

Les adhérents ont lu :

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Saint-Loup de Philippe Berthier, éditions de Fallois

lu par Jacques Falce

 

Philippe Berthier commence son livre agacé par le Dictionnaire amoureux de Proust (Enthoven père et fils) qui ne consacre pas à Robert de Saint Loup (un des plus beaux personnages de la Recherche et le tout premier nom propre rencontré dans le Roman) une entrée spécifique...

Philippe Berthier comble ce vide en proposant une '' biographie '' de Saint-Loup comme s'il s'agissait d'une personne réelle... Grâce à Philippe Berthier on suit la trace de Saint-Loup tout au long du Roman : son apparition inoubliable à Balbec, sa première rencontre avec le Narrateur, dans sa communauté militaire de Doncières, l'ami qui va ouvrir les portes des Guermantes au Narrateur, l'ami le plus cher mais qui finira par s'éloigner, lui l'aristocrate de la tribu Guermantes, le militaire, le cavalier fier, le soldat courageux mort au champ d'honneur, l'amoureux de Rachel, son ambivalence sexuelle (le personnage lumineux de la Recherche contient une part d'ombre que la Recherche livre à demi-mots).                                                      suite 

 

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Le Professeur Marcel Proust    François-Bernard Michel (Gallimard)

lu par Jacques Falce

 

Vous avez bien lu. Pas d'erreur sur le titre. Voici comment commence l'essai littéraire et médical de F.B. Michel pneumologue, spécialiste de l'asthme et des allergies.

Dans son introduction F.B. Michel écrit : « Il faut dépasser certains thèmes rabattus  'Marcel Proust et la médecine' ou bien 'le style de Marcel Proust est-il celui d'un asthmatique ?' pour considérer et montrer comment ses recherches et son insatiable besoin de comprendre l'inscrivent dans un grand mouvement de pensée qui, au tournant du XXème siècle, modifie profondément médecine et littérature.

                                                                        ...suite

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lu par Armelle Barguillet-Hauteloire 

 

Marcel Proust parle beaucoup de médecine et de médecins dans sa Recherche. Rien d’étonnant à cela, il était fils et frère de deux professeurs en médecine et, surtout, affligé lui-même d’une maladie qui l’emportera à l’âge de 51 ans : l’asthme allergique. Curieux que deux livres évoquant les relations de Proust avec le monde médical sortent au même moment : celui de Diane de Margerie "A la recherche de Robert Proust" et le très remarquable ouvrage du professeur François-Bernard Michel, président de l’Académie nationale de médecine, pneumologue, poète et écrivain  "Le professeur Marcel Proust".                                                     ...  suite

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A la recherche de Robert Proust de Diane de Margerie,

 

- J'ai lu avec plaisir l'essai de 150 pages de Diane de Margerie " A la recherche de Robert Proust " . L'essai tourne autour de l'absence de Robert, le frère cadet de Marcel , dans la Recherche                                    ... suite  

 

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Marcel Proust, Une vie à s'écrire de Jérôme Picon

En recevant ce livre, j’avoue avoir eu, devant les 600 pages qui attendaient ma lecture, un bref mouvement de recul. Allais-je me lancer dans cette énième biographie chargée,         ... suite   

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Vous avez remarqué des ouvrages qui pourraient concourir, donnez vos impressions de lecture à l'adresse cercle@cabourg-balbec.fr, nous les publierons.

 

                   Plus d'informations sur la Madeleine d'Or ...

Autour de la Comtesse Greffulhe...

Bois Boudran - Chasse à courre - Arrivée de Madame la Comtesse Greffulhe - Collection privée Tous droits réservés

                                                                    D'autres photographies ...