La crise d’asthme décrite par un médecin, en 1881

 

Marcel Proust a présenté sa première crise d’asthme (« crise inaugurale » comme disent les médecins), brutale, intense, au Bois de Boulogne, au printemps de 1881. Il avait presque 10 ans. Une « effroyable crise de suffocation qui faillit l’emporter devant mon père terrifié » écrira Robert Proust dans « Marcel Proust intime », Hommage à M. Proust, p. 24, cité par Jean-Yves Tadié dans le tome I de sa Biographie de Marcel Proust (Folio, p. 108, Gallimard, 2011).

 La même année, le docteur Dujardin-Beaumetz, médecin à l’hôpital Saint-Antoine, membre de l’Académie de Médecine, publiait des « leçons » qui firent autorité à l’époque, destinées aux étudiants en médecine.

Il est particulièrement intéressant de connaître comment, à la fin du XIXème siècle, le corps médical appréhendait l’asthme…

Jean-Paul Henriet

Leçons de Clinique Thérapeutique 

par le docteurDUJARDIN – BEAUMETZ,

médecin de l’Hôpital Saint-Antoine, membre de l’Académie de Médecine

(Paris, Octave Doin, Editeur,8, place de l’Odéon, 1881)

HUITIEME LECON

TRAITEMENT de l’ASTHME

( Page 459 )

Messieurs,

Je désire consacrer cette leçon à l’étude du traitement de l’asthme, et, comme pour la coqueluche, je vais être forcé tout d’abord de vous dire quelques mots sur la pathogénie de l’asthme, car c’est elle qui nous permettra de grouper d’une façon méthodique les différentes médications que l’on a proposées contre cette affection. Nous allons donc passer rapidement en revue les différents médicaments qui ont été utilisés dans la cure de l’asthme, puis je vous exposerai ce que je crois le plus utile à faire en pareil cas.

D’une façon générale, l’asthme se présente sous deux aspects : dans l’un, cette maladie est considérée comme essentielle ; dans l’autre, au contraire, c’est un symptôme secondairedû aux troubles du cœur, des poumons, des gros vaisseaux, etc. Les progrès incessants de l’anatomie pathologique font diminuer chaque jour le premier de ces groupes au profit du second, et il arrivera un moment sans doute où, connaissant mieux l’asthme, nous pourrons toujours le rattacher à une lésion plus ou moins étendue ; car ce mot essentiel dissimule le plus souvent notre ignorance et devra, par les progrès de la science, disparaître de notre cadre nosologique.

 

De la pathogénie de l’asthme :

Quoi qu’il en soit, pour expliquer l’asthme dit essentiel, on a invoqué trois théories : une théorie humorale, une théorie spasmodique, et enfin une théorie mixte qui se base sur l’une et l’autre de ces hypothèses.

  1. Doctrine humorale :

La doctrine humorale remonte à la plus haute antiquité. Galien l’avait même formulée d’une façon fort nette, en accusant les humeurs épaisses et filantes qui occupent les premières voies d’être la cause de ces accès asthmatiques. Cette doctrine galénique a été reprise à notre époque, avec beaucoup de talent, par Beau, qui attribuait, comme Galien, à la présence d’un mucus tenace, non fluide, l’obstruction des voies bronchiques, tous les symptômes de l’asthme. Pour ces auteurs, l’asthme n’est qu’un catarrhe.

  1. Théorie spasmodique :

Van Helmont combattit la doctrine de Galien ; il considéra l’affection comme spasmodique et la décrivit comme le mal caducdu poumon, expression qui devait être reprise bien longtemps après par Trousseau, lorsqu’il qualifiait l’asthme d’épilepsiedu poumon. Reisessen, en découvrant les fibres musculaires des bronches, donna à cette théorie une base physiologique…

  1. Théorie mixte :

Enfin la troisième théorie, ou théorie mixte, défendue surtout par Parrot, admet, comme dans la théorie de Galien et de Beau, que la sécrétion bronchique joue un rôle prédominant dans les manifestations asthmatiques ; mais cette sécrétion serait sous la dépendance d’un trouble nerveux, très analogue à ce qui se passe du côté de l’œil dans les cas de névralgie faciale. En un mot, l’asthme devrait être considéré comme une névralgie sécrétoire.

La plupart des médicaments proposés pour combattre l’asthme se rattachent à l’une ou l’autre de ces théories ; les uns agissent comme modificateurs de la sécrétion bronchique, les autres comme antispasmodiques, les troisièmes comme antinévralgiques.

De l’iodure de potassium :

En tête des modificateurs de la sécrétion bronchique, je placerai l’iodure de potassium qui, comme vous le savez, s’élimine par le poumon et par les fosses nasales, et détermine, dans les premières voies aériennes, un catarrhe plus ou moins intense. Ce médicament a été donné, d’une façon absolument empirique, d’abord en Angleterre, par Green, en 1860, et en France surtout par Aubrée qui, dès 1864, faisait connaître, dans le Bulletin de thérapeutique, la recette d’une potion antiasthmatique qui a joui et jouit encore d’une grande réputation. Salter, Trousseau et plus récemment le professeur Sée, ont montré tous les avantages de cette médication.

A côté de l’iodure de potassium doit se placer la gomme ammoniaque, que vantait Trousseau dans le traitement de l’asthme humide et dont je vous ai déjà parlé, dans la leçon précédente, à propos des catarrhes pulmonaires ; puis l’ammonique et, en particulier, le carbonate d’ammoniaque, que Melsens a de nouveau proposé d’employer en inhalations, en faisant porter à chaque malade, en avant de la poitrine, un sachet renfermant une plus ou moins grande quantité de ce sel. Floyer employait, lui, le chlorhydrate d’ammoniaque mêlé à l’eau panée ; on a aussi conseillé l’acétate, à la dose de 10 à 20 grammes. Mais, à coup sûr, la médication qui eut autrefois le plus de vogue fut celle préconisée par Ducros (de Marseille), sous le nom de cautérisation encyclique, et qui consistait à toucher le plancher vertébral du pharynx, chez les asthmatiques, avec un pinceau trempé dans l’ammoniaque ; cette médication, qui n’est pas sans danger, est aujourd’hui complètement abandonnée.

Je ne puis quitter ce qui a trait à l’ammoniaque sans vous signaler l’air des étables qui a été souvent préconisé contre cette affection. On place les malades dans des chambres situées sur les étables et communiquant avec elles par des ouvertures faites au plancher de la chambre. Outre le carbonate d’ammoniaque dont cet air est chargé, il y a encore de l’acide carbonique, de la vapeur d’eau et surtout une température assez élevée…

C’est aussi parmi les médicaments qui agissent dans l’asthme sur la sécrétion bronchique qu’il faudrait placer le jaborandi et son alcaloïde, la pilocarpine, que Berkart emploie en injections sous-cutanées, à la dose très faible de 1 milligramme.

Des antispasmodiques :

Les préparations dirigées contre l’asthme, considéré comme spasme, sont beaucoup plus nombreuses, et nous allons retrouver ici le plus grand nombre des médicaments qui constituent le groupe des antispasmodiques, depuis la belladone jusqu’au bromure de potassium. A leur tête se place le bromure, qui agit dans l’asthme de plusieurs façons, non seulement parce qu’il atténue dans de notables proportions l’excitabilité de la partie supérieure de la moelle mais encore parce qu’il s’élimine à la surface des poumons ; c’est un bon médicament….

Du datura :

La belladone, la jusquiame ont aussi été employées ; mais, à coup sûr, des solanées vireuses, celle dont a fait le plus grand usage dans le traitement de l’asthme, c’est le datura stramoniumet son alcaloïde, la daturine. Non seulement ces substances ont été employées à l’intérieur, mais on a fait encore, avec ces solanées, des cigarettes antiasthmatiques encore fort en usage aujourd’hui, et pour la formule desquelles je vous renvoie à ce que j’ai dit des fumigations dans ma première leçon.

D’ailleurs, ces fumigations de feuilles de datura sont un remède fort populaire, et il n’est pas un asthmatique qui n’ait fumé ce mélange de feuilles de sauge et de feuilles de datura que l’on conseille contre cette affection.

A côté du datura, je placerai une plante qui a joui aussi d’une grande réputation ; je veux parler du Lobelia inflata, dont on a vanté surtout la teinture, à la dose de 1 à 3 grammes.

Des antinévralgiques :

Enfin l’asthme, considéré comme névralgie sécrétoire, a été traité par les médicaments dits antinévralgiques, et ici c’est l’opium et ses alcaloïdes qui occupent la première place. Vous savez, depuis les travaux de Huchard, la place importante qu’occupe la morphine dans le traitement de la dyspnée ; aussi vous ne serez pas étonnés de voir les injections de chlorhydrate de morphine constituer un de nos plus puissants moyens d’action sur l’accès de l’asthme. Dans certains cas même, on a associé, comme l’a fait Oliver, la morphine à l’atropine.

La ciguë et surtout la conicine ont été aussi conseillées dans l’asthme. Ces préparations agiraient, comme je l’ai montré, en diminuant la sensibilité du pneumogastrique…

On devrait aussi placer, parmi les médicaments qui diminuent la sensibilité du pneumogastrique, la nicotine, qui, d’après G. Sée, aurait le pouvoir de diminuer l’action de ce nerf modérateur du cœur et de la respiration ; l’arsenic, qui a une grande place dans le traitement de l’asthme, agirait aussi dans le même sens, c’est-à-dire en modifiant les fonctions du système nerveux cardio-pulmonaire…

A côté de ces médications, qui agissent soit comme anti-catarrhales, soit comme antispasmodiques, soit comme antinévralgiques, il faut citer celles dont le mécanisme nous échappe encore, comme, par exemple, les inhalations de papier nitré. A propos de l’aérothérapie, je vous avais déjà parlé de ces papiers dits antiasthmatiques, qui ont pour base le nitrate de potasse. Nous n’avons pas encore une explication très nette des effets de la combustion du papier nitré ; les uns prétendent que son action est due à l’oxygène qu’il dégage ; d’autres affirment, au contraire, comme Viaud-Grandmarais, que c’est à un composé ammoniacal qu’il faut attribuer cet effet favorable ; enfin Martin soutient que c’est par l’acide carbonique, qui se produit, qu’agit le papier nitré.

Je viens, messieurs, de passer en revue aussi brièvement que possible les diverses médications que l’on a conseillées contre l’asthme, il me reste à vous formuler le traitement de cette affection.

 

La CRISE d’ASTHME

 

L’asthme, maladie souvent héréditaire et pouvant naître sous l’influence de la diathèse herpétique ou de la diathèse arthritique, survient à toutes les époques de la vie, dans l’enfance comme dans la vieillesse, et s’observe plus fréquemment chez l’homme que chez la femme.

L’attaque peut être ou subite ou précédée de prodromes, spontanée ou provoquée par une cause accidentelle : changement d’air, variations de température, respiration de vapeurs, de poussières, d’odeurs, écarts de régime, mauvaises digestions, fatigues intellectuelles, émotions morales.

Avant leur attaque, les malades accusent des troubles gastriques, des pesanteurs d’estomac, du gonflement, des renvois ; d’autres sont accablés et atteints d’une sorte de torpeur intellectuelle, ou bien encore sont avertis d’une attaque prochaine par des sensations bizarres, des picotements, des démangeaisons, de la toux, etc., sensations qui toujours se produisent chez eux d’une façon identique avant l’accès d’asthme.

L’attaque survient ordinairement la nuit et après le premier sommeil : elle peut être pour ainsi dire instantanée mais le plus souvent elle survient progressivement et rapidement aussi. Le malade, quelquefois réveillé par une violente envie d’uriner ou par des douleurs articulaires ou musculaires, ressent un sentiment de malaise, d’oppression, de constriction de la poitrine ; il se lève alors, cherchant l’air qui lui manque, il court à la fenêtre, l’ouvre et, s’appuyant aux meubles voisins, il fait de violents efforts d’inspiration pour introduire l’air dans la poitrine, mettant pour cela en jeu tous les muscles inspirateurs.

Il a la tête renversée en arrière, les traits anxieux, les yeux brillants, saillants hors de l’orbite, les conjonctives injectées, le visage rouge et parfois couvert de sueur, les lèvres cyanosées, les veines du cou gonflées, saillantes ; le pouls est petit, quelquefois intermittent. Le malade ne peut ni parler, ni bouger, ni boire, sans être menacé de suffocation ; il fait entendre une sorte de sifflement rauque, de piaulement interrompu par une toux petite, pénible.

Pendant ce paroxysme, où tout est en jeu pour faciliter l’entrée de l’air dans la poitrine, le thorax est augmenté de volume, agrandi ; les mouvements inspiratoires sont diminués et, d’après Salter, l’expiration est plus longue que l’inspiration, contrairement à l’état normal.

La sonorité du thorax est exagérée et le murmure vésiculaire est aboli par places, affaibli dans d’autres ; on entend aussi des râles sibilants, des râles vibrants, aigus même, et plus abondants pendant l’expiration.

Puis, peu à peu, la toux change de caractère, elle est plus facile, plus fréquente, et s’accompagne alors d’une expectoration visqueuse très adhérente, constituée, d’après Salter, par de petites masses distinctes du volume d’un pois, ayant la consistance d’une gelée ou d’arrow-root épais, couleur gris pâle, opalescentes, transparentes et d’une saveur salée.

La respiration devient plus libre, l’angoisse disparaît et tout se calme. L’attaque est terminée, pour reparaître soit dans la même nuit, soit la nuit suivante, soit à une époque plus éloignée : certains accès reviennent périodiquement, tous les quinze jours, tous les mois, tous les deux mois, etc. ; il est rare qu’il n’y ait qu’une seule attaque.

Telle est la physionomie habituelle de l’asthme ; elle peut varier selon les sujets affectés, et tel ou tel symptôme morbide se montre avec une intensité plus ou moins grande chez tel ou tel individu.

 

 

TRAITEMENT de l’ASTHME (en 1881)

 

Nous pouvons intervenir, au point de vue thérapeutique, dans les trois phases de la maladie : dans la période où il n’existe pas de crise, pendant la crise, pendant l’accès. Le traitement de la première période est prophylactique et s’adresse plus particulièrement à la cause même de l’asthme.

 

Traitement en dehors des crises :

Les circonstances qui déterminent l’asthme sont nombreuses, et nous voyons les auteurs qui ont traité de cette affection s’efforcer de les grouper le plus clairement possible.

Des conditions climatériques :

En première ligne se placent les conditions atmosphériques. On s’est efforcé de chercher quelles étaient les influences climatiques qui déterminaient l’accès d’asthme ; mais il a été impossible de fixer d’une manière précise ces influences, et telle localité qui convient à un asthmatique peut être la cause efficiente d’un accès chez un autre malade. On cite ce fait d’un commis voyageur asthmatique qui avait marqué avec grand soin toutes les localités où il était pris de ces accès et toutes celles, au contraire, où ces accès ne s’étaient jamais produits ; eh bien, messieurs, c’était dans les endroits les plus humides et placés dans les plus mauvaises conditions hygiéniques que les accès d’asthme ne se produisaient pas.

Mais il ne faudrait pas croire que c’est là une règle immuable et, pour ma part, je connais un grand nombre de faits qui la contredisent. J’ai donné mes soins à un haut personnage égyptien qui était obligé d’habiter l’Europe, parce que, toutes les fois qu’il mettait le pied sur la terre égyptienne, il était pris d’accès d’asthme de la plus haute intensité. D’ailleurs ces localités favorables ou défavorables à l’asthme occupent des espaces très restreints, et dans une grande ville, comme Paris, vous verrez des asthmatiques qui ne peuvent quitter leur quartier et habiter dans un autre, sans être pris d’accès d’asthme. Je connais une de mes clientes qui n’a pu quitter le quartier des Invalides, qu’elle habite, sans être prise d’accès d’asthme qui l’ont obligée à revenir toujours à l’habitation première.

Votre premier devoir sera donc, messieurs, de placer l’asthmatique dans la localité où ces accès sont très rares ou nuls, et ici vous devez faire table rase de toutes les conditions hygiéniques connues. Comme l’a très bien dit Salter (Salter, On Asthmatis Pathology and Treatment, London, 1860), c’est dans les grandes villes et dans les quartiers aux rues étroites, aux odeurs quelquefois infectes, que l’asthmatique trouvera l’habitat qui le débarrassera de sa maladie. Par ce seul fait d’une localité bien choisie, l’asthmatique peut donc guérir complètement, à condition toutefois de rester fidèle à cette habitation, car, dès qu’il s’en éloignera, il verra reparaître immédiatement ses accès.

Des poussières :

Une autre cause déterminante de l’asthme, c’est la présence, dans l’atmosphère, de poussières minérales et végétales ou de vapeurs. Vous connaissez tous ces observations si curieuses et devenues classiques d’asthme occasionné par l’inhalation de ces poussières. Trousseau, qui se plaisait à signaler l’histoire de ce pharmacien de Tours qui, toutes les fois qu’on pilait de l’ipéca, était forcé de se réfugier dans les parties les plus élevées de son habitation pour éviter les accès d’asthme, Trousseau, dis-je, était un exemple d’une influence analogue ; chez lui la poussière de l’avoine produisait le même effet. Dans deux circonstances il voulut monter dans son grenier pour vérifier la probité de son cocher, et deux fois, en ouvrant ses sacs d’avoine, il tomba foudroyé par un accès d’asthme. Ces faits sont très nombreux, très connus ; je ne m’y arrêterai donc pas davantage.

Dans d’autres circonstances, ce n’est ni dans l’atmosphère, ni dans les poussières qu’il faut chercher la cause de l’asthme, mais bien dans les troubles apportés à certains organes plus ou moins éloignés du centre respiratoire ou circulatoire. C’est ce que Sée a décrit sous le nom d’asthme d’origine réflexe.

Des asthmes réflexes :

         En première ligne je signalerai les troubles circulatoires. Je vous ai parlé dans mes leçons sur les maladies du cœur de l’asthme cardiaque qui accompagne si fréquemment les lésions de l’orifice aortique et celles de l’aorte (Voir, tome 1erTraitement des maladies du cœur ; leçons sur les maladies de l’orifice aortique) ; je n’y reviendrai pas. Puis, viennent les troubles digestifs ; il existe, en effet, un asthme stomacal , ou du moins l’on voit chez certains dyspeptiques se produire de véritables accès d’asthme coïncidant avec les troubles fonctionnels de l’estomac et il suffit de guérir ces derniers pour faire disparaître les accès de dyspnée.

Influence des diathèses :

         Dans d’autres circonstances, il faut chercher plus loin l’origine même de l’asthme, c’est la constitution du sujet qu’il nous faut invoquer, et, de même que vous avez vu les grandes diathèses influer sur la marche de la bronchite, de même aussi vous les verrez être une cause efficiente de l’asthme. L’arthritisme et la dartre s’accompagnent souvent d’asthme ; étudiez les antécédents de vos asthmatiques comme l’a fait Gueneau de Mussy, et vous rencontrerez bien souvent, dans leurs ascendants, le rhumatisme ou la goutte. D’autre part, vous voyez aussi l’accès d’asthme alterner avec l’apparition de certains exanthèmes dartreux ; pour ma part, j’ai été à même de constater souvent la réalité de ces faits, ainsi que la fréquence de l’asthme chez les hémorroïdaires et les migraineux. Il y a là, messieurs, des renseignements précieux pour la thérapeutique.

Médications thermales :

Pour les asthmatiques arthritiques, vous emploierez les alcalins et les eaux thermales telles que celles de Royat, de Plombières, d’Aix. Pour les asthmatiques dartreux, vous userez de l’arsenic et des eaux thermales comme la Bourboule et le Mont-Dore. Cette dernière station jouit, dans notre pays, d’une grande réputation dans le traitement de l’asthme, surtout pour celui qui complique le catarrhe pulmonaire, et Bertrand, Mascarel, Richelot, etc., ont longuement insisté sur ce point. A propos de ces eaux, je puis vous citer aussi Saint-Alban et les inhalations d’acide carbonique que l’on y pratique. Goin affirme que ces inhalations ont une action curative dans l’asthme.

Mais revenons aux asthmatiques dartreux. Il vous faudra, chez ces derniers malades, respecter les manifestations cutanées, les déterminer même en certains cas et appliquer, comme le fait Noël Gueneau de Mussy, un exutoire permanent. Pour les hémorroïdaires, il faut non seulement respecter les hémorroïdes, mais les provoquer.

Telles sont, messieurs, les indications thérapeutiques relatives au traitement de l’asthme en dehors de la période des accès, et, sachez-le bien, vous pourrez empêcher la production des crises d’asthme par ce seul fait que vous aurez choisi une localité convenable pour le malade, ou que vous lui aurez évité l’action des poussières irritantes ou bien encore que vous vous serez adressés à la diathèse primitive. Mais dans d’autres circonstances vous échouerez, et vous devrez traiter les crises asthmatiques ; ici nous avons à établir une distinction entre la crise asthmatique et les accès qui la constituent

 

 

Traitement de la crise :

 

Pendant la crise il existe trois médicaments qui ont une action réelle et indiscutable sur l’asthme, ce sont : l’iodure de potassium, le bromure de potassium et l’arsenic. Je place en première ligne l’iodure de potassium ; dans le traitement de l’asthme, vous donnerez 50 centigrammes à 1 gramme et même davantage de ce médicament à votre malade, suivant en cela sa tolérance individuelle. Vous joindrez au médicament le bromure de potassium, et pour ma part j’ai l’habitude de donner aux asthmatiques 1 gramme de bromure le matin, et le soir 50 centigrammes à 1 gramme d’iodure. J’administre ces deux médicaments dans du lait pour éviter leur action irritante sur la muqueuse de l’estomac, et enfin je joins à ce traitement l’arsenic, que j’administre alors au moment des repas, soit sous forme de liqueur de Fowler, soit sous celle de granules de Dioscoride.

Comme médicament adjuvant, vous pourrez utiliser les cigarettes antiasthmatiques ou bien encore le mélange de datura stramonium et de sauge, et par ces moyens thérapeutiques vous diminuerez le nombre des accès, leur intensité et leur fréquence ; vous pourrez même, en continuant longtemps ce traitement, reculer la période des accès.

Mais, chez un grand nombre d’asthmatiques, l’accès d’asthme, qui au début pouvait être essentiel, détermine, par le trouble qu’il apporte aux fonctions circulatoires et respiratoires, des lésions persistantes du cœur et du poumon ; l’emphysème et le catarrhe bronchique, suivis bientôt de la dilatation du cœur droit, marchent de pair avec des accès d’asthme, laissant, dans l’intervalle des crises, une dyspnée plus ou moins persistante.

 

De l’aérothérapie :

Dans ces cas, messieurs, il est une médication héroïque pour soulager les emphysémateux asthmatiques, c’est l’usage de l’aérothérapie ; vous utilisez soit les bains d’air comprimé, soit les inhalations d’air comprimé et les expirations dans l’air raréfié. L’emploi des bains d’air comprimé surtout fait diminuer dans une portion très notable et la dyspnée emphysémateuse et la dyspnée asthmatique ; cela grâce à la circulation aérienne plus active qui se produit dans les alvéoles pulmonaires, ce qui permet aux échanges gazeux de se rétablir.

Comme vous le voyez, messieurs, nous avons successivement étudié les indications thérapeutiques qui découlent chez l’asthmatique de la période qui se montre entre les crises et des crises elles-mêmes, il nous reste maintenant à étudier le traitement de l’accès ; car lorsque notre thérapeutique n’a pas été assez efficace pour prévenir l’arrivée de la crise, elle peut intervenir au début de l’accès, le faire disparaître ou en atténuer la durée. Pour qui a assisté à un accès d’asthme et qui a observé la violence de la dyspnée et les phénomènes pénibles et douloureux qui l’accompagnent, c’est là un point bien important de pouvoir, dans une certaine limite, en atténuer la durée.

 

Du traitement de l’accès :

Vous arriverez à ce but en employant trois ordres de médicaments : les injections de morphine, les injections de pilocarpine, ou bien les inhalations de certaines vapeurs ou de certains gaz.

Les injections sous-cutanées de morphine, associées ou non à l’atropine, me paraissent le plus sûr moyen d’arrêter à son début l’accès d’asthme. J’ai vu, pour ma part, bien souvent ces accès disparaître en dix ou quinze minutes, après une injection de 5 à 10 milligrammes de chlorhydrate de morphine. Vous userez donc de ce médicament avec ménagement, pour éviter l’habitude qui en résulte et qui fait que bien des malades, soulagés par la morphine, tendent à devenir morphinomanes.

J’ai moins d’expérience des injections de pilocarpine ; je les crois, comme effet prompt et rapide, très inférieures à la morphine ; mais je reconnais, toutefois, avec Berkart, que ce médicament hâte l’expulsion des crachats opalins qui terminent l’accès d’asthme.

On emploie aussi le papier nitré et les papiers antiasthmatiques que l’on brûle sur une assiette, dans la chambre du malade et près de son lit. Sée leur préfère de beaucoup l’iodure d’éthyle, dont il fait respirer au malade de 5 à 10 gouttes lors de l’accès dyspnéique.

 

Telles sont, messieurs, les principales indications du traitement de l’asthme ; elles sont, comme vous le voyez, nombreuses et méritent toute votre attention.