La crise d’asthme décrite par un médecin, en 1881

 

Marcel Proust a présenté sa première crise d’asthme (« crise inaugurale » comme disent les médecins), brutale, intense, au Bois de Boulogne, au printemps de 1881. Il avait presque 10 ans. Une « effroyable crise de suffocation qui faillit l’emporter devant mon père terrifié » écrira Robert Proust dans « Marcel Proust intime », Hommage à M. Proust, p. 24, cité par Jean-Yves Tadié dans le tome I de sa Biographie de Marcel Proust (Folio, p. 108, Gallimard, 2011).

 La même année, le docteur Dujardin-Beaumetz, médecin à l’hôpital Saint-Antoine, membre de l’Académie de Médecine, publiait des « leçons » qui firent autorité à l’époque, destinées aux étudiants en médecine.

Il est particulièrement intéressant de connaître comment, à la fin du XIXème siècle, le corps médical appréhendait l’asthme…

Jean-Paul Henriet

Leçons de Clinique Thérapeutique 

par le docteurDUJARDIN – BEAUMETZ,

médecin de l’Hôpital Saint-Antoine, membre de l’Académie de Médecine

(Paris, Octave Doin, Editeur,8, place de l’Odéon, 1881)

HUITIEME LECON

TRAITEMENT de l’ASTHME

( Page 459 )

Messieurs,

Je désire consacrer cette leçon à l’étude du traitement de l’asthme, et, comme pour la coqueluche, je vais être forcé tout d’abord de vous dire quelques mots sur la pathogénie de l’asthme, car c’est elle qui nous permettra de grouper d’une façon méthodique les différentes médications que l’on a proposées contre cette affection. Nous allons donc passer rapidement en revue les différents médicaments qui ont été utilisés dans la cure de l’asthme, puis je vous exposerai ce que je crois le plus utile à faire en pareil cas.

D’une façon générale, l’asthme se présente sous deux aspects : dans l’un, cette maladie est considérée comme essentielle ; dans l’autre, au contraire, c’est un symptôme secondairedû aux troubles du cœur, des poumons, des gros vaisseaux, etc. Les progrès incessants de l’anatomie pathologique font diminuer chaque jour le premier de ces groupes au profit du second, et il arrivera un moment sans doute où, connaissant mieux l’asthme, nous pourrons toujours le rattacher à une lésion plus ou moins étendue ; car ce mot essentiel dissimule le plus souvent notre ignorance et devra, par les progrès de la science, disparaître de notre cadre nosologique.

 

De la pathogénie de l’asthme :

Quoi qu’il en soit, pour expliquer l’asthme dit essentiel, on a invoqué trois théories : une théorie humorale, une théorie spasmodique, et enfin une théorie mixte qui se base sur l’une et l’autre de ces hypothèses.

  1. Doctrine humorale :

La doctrine humorale remonte à la plus haute antiquité. Galien l’avait même formulée d’une façon fort nette, en accusant les humeurs épaisses et filantes qui occupent les premières voies d’être la cause de ces accès asthmatiques. Cette doctrine galénique a été reprise à notre époque, avec beaucoup de talent, par Beau, qui attribuait, comme Galien, à la présence d’un mucus tenace, non fluide, l’obstruction des voies bronchiques, tous les symptômes de l’asthme. Pour ces auteurs, l’asthme n’est qu’un catarrhe.

  1. Théorie spasmodique :

Van Helmont combattit la doctrine de Galien ; il considéra l’affection comme spasmodique et la décrivit comme le mal caducdu poumon, expression qui devait être reprise bien longtemps après par Trousseau, lorsqu’il qualifiait l’asthme d’épilepsiedu poumon. Reisessen, en découvrant les fibres musculaires des bronches, donna à cette théorie une base physiologique…

  1. Théorie mixte :

Enfin la troisième théorie, ou théorie mixte, défendue surtout par Parrot, admet, comme dans la théorie de Galien et de Beau, que la sécrétion bronchique joue un rôle prédominant dans les manifestations asthmatiques ; mais cette sécrétion serait sous la dépendance d’un trouble nerveux, très analogue à ce qui se passe du côté de l’œil dans les cas de névralgie faciale. En un mot, l’asthme devrait être considéré comme une névralgie sécrétoire.

La plupart des médicaments proposés pour combattre l’asthme se rattachent à l’une ou l’autre de ces théories ; les uns agissent comme modificateurs de la sécrétion bronchique, les autres comme antispasmodiques, les troisièmes comme antinévralgiques.

De l’iodure de potassium :

En tête des modificateurs de la sécrétion bronchique, je placerai l’iodure de potassium qui, comme vous le savez, s’élimine par le poumon et par les fosses nasales, et détermine, dans les premières voies aériennes, un catarrhe plus ou moins intense. Ce médicament a été donné, d’une façon absolument empirique, d’abord en Angleterre, par Green, en 1860, et en France surtout par Aubrée qui, dès 1864, faisait connaître, dans le Bulletin de thérapeutique, la recette d’une potion antiasthmatique qui a joui et jouit encore d’une grande réputation. Salter, Trousseau et plus récemment le professeur Sée, ont montré tous les avantages de cette médication.

A côté de l’iodure de potassium doit se placer la gomme ammoniaque, que vantait Trousseau dans le traitement de l’asthme humide et dont je vous ai déjà parlé, dans la leçon précédente, à propos des catarrhes pulmonaires ; puis l’ammonique et, en particulier, le carbonate d’ammoniaque, que Melsens a de nouveau proposé d’employer en inhalations, en faisant porter à chaque malade, en avant de la poitrine, un sachet renfermant une plus ou moins grande quantité de ce sel. Floyer employait, lui, le chlorhydrate d’ammoniaque mêlé à l’eau panée ; on a aussi conseillé l’acétate, à la dose de 10 à 20 grammes. Mais, à coup sûr, la médication qui eut autrefois le plus de vogue fut celle préconisée par Ducros (de Marseille), sous le nom de cautérisation encyclique, et qui consistait à toucher le plancher vertébral du pharynx, chez les asthmatiques, avec un pinceau trempé dans l’ammoniaque ; cette médication, qui n’est pas sans danger, est aujourd’hui complètement abandonnée.

Je ne puis quitter ce qui a trait à l’ammoniaque sans vous signaler l’air des étables qui a été souvent préconisé contre cette affection. On place les malades dans des chambres situées sur les étables et communiquant avec elles par des ouvertures faites au plancher de la chambre. Outre le carbonate d’ammoniaque dont cet air est chargé, il y a encore de l’acide carbonique, de la vapeur d’eau et surtout une température assez élevée…

C’est aussi parmi les médicaments qui agissent dans l’asthme sur la sécrétion bronchique qu’il faudrait placer le jaborandi et son alcaloïde, la pilocarpine, que Berkart emploie en injections sous-cutanées, à la dose très faible de 1 milligramme.

Des antispasmodiques :

Les préparations dirigées contre l’asthme, considéré comme spasme, sont beaucoup plus nombreuses, et nous allons retrouver ici le plus grand nombre des médicaments qui constituent le groupe des antispasmodiques, depuis la belladone jusqu’au bromure de potassium. A leur tête se place le bromure, qui agit dans l’asthme de plusieurs façons, non seulement parce qu’il atténue dans de notables proportions l’excitabilité de la partie supérieure de la moelle mais encore parce qu’il s’élimine à la surface des poumons ; c’est un bon médicament….

Du datura :

La belladone, la jusquiame ont aussi été employées ; mais, à coup sûr, des solanées vireuses, celle dont a fait le plus grand usage dans le traitement de l’asthme, c’est le datura stramoniumet son alcaloïde, la daturine. Non seulement ces substances ont été employées à l’intérieur, mais on a fait encore, avec ces solanées, des cigarettes antiasthmatiques encore fort en usage aujourd’hui, et pour la formule desquelles je vous renvoie à ce que j’ai dit des fumigations dans ma première leçon.

D’ailleurs, ces fumigations de feuilles de datura sont un remède fort populaire, et il n’est pas un asthmatique qui n’ait fumé ce mélange de feuilles de sauge et de feuilles de datura que l’on conseille contre cette affection.

A côté du datura, je placerai une plante qui a joui aussi d’une grande réputation ; je veux parler du Lobelia inflata, dont on a vanté surtout la teinture, à la dose de 1 à 3 grammes.

Des antinévralgiques :

Enfin l’asthme, considéré comme névralgie sécrétoire, a été traité par les médicaments dits antinévralgiques, et ici c’est l’opium et ses alcaloïdes qui occupent la première place. Vous savez, depuis les travaux de Huchard, la place importante qu’occupe la morphine dans le traitement de la dyspnée ; aussi vous ne serez pas étonnés de voir les injections de chlorhydrate de morphine constituer un de nos plus puissants moyens d’action sur l’accès de l’asthme. Dans certains cas même, on a associé, comme l’a fait Oliver, la morphine à l’atropine.

La ciguë et surtout la conicine ont été aussi conseillées dans l’asthme. Ces préparations agiraient, comme je l’ai montré, en diminuant la sensibilité du pneumogastrique…

On devrait aussi placer, parmi les médicaments qui diminuent la sensibilité du pneumogastrique, la nicotine, qui, d’après G. Sée, aurait le pouvoir de diminuer l’action de ce nerf modérateur du cœur et de la respiration ; l’arsenic, qui a une grande place dans le traitement de l’asthme, agirait aussi dans le même sens, c’est-à-dire en modifiant les fonctions du système nerveux cardio-pulmonaire…

A côté de ces médications, qui agissent soit comme anti-catarrhales, soit comme antispasmodiques, soit comme antinévralgiques, il faut citer celles dont le mécanisme nous échappe encore, comme, par exemple, les inhalations de papier nitré. A propos de l’aérothérapie, je vous avais déjà parlé de ces papiers dits antiasthmatiques, qui ont pour base le nitrate de potasse. Nous n’avons pas encore une explication très nette des effets de la combustion du papier nitré ; les uns prétendent que son action est due à l’oxygène qu’il dégage ; d’autres affirment, au contraire, comme Viaud-Grandmarais, que c’est à un composé ammoniacal qu’il faut attribuer cet effet favorable ; enfin Martin soutient que c’est par l’acide carbonique, qui se produit, qu’agit le papier nitré.

Je viens, messieurs, de passer en revue aussi brièvement que possible les diverses médications que l’on a conseillées contre l’asthme, il me reste à vous formuler le traitement de cette affection.

 

La CRISE d’ASTHME

 

L’asthme, maladie souvent héréditaire et pouvant naître sous l’influence de la diathèse herpétique ou de la diathèse arthritique, survient à toutes les époques de la vie, dans l’enfance comme dans la vieillesse, et s’observe plus fréquemment chez l’homme que chez la femme.

L’attaque peut être ou subite ou précédée de prodromes, spontanée ou provoquée par une cause accidentelle : changement d’air, variations de température, respiration de vapeurs, de poussières, d’odeurs, écarts de régime, mauvaises digestions, fatigues intellectuelles, émotions morales.

Avant leur attaque, les malades accusent des troubles gastriques, des pesanteurs d’estomac, du gonflement, des renvois ; d’autres sont accablés et atteints d’une sorte de torpeur intellectuelle, ou bien encore sont avertis d’une attaque prochaine par des sensations bizarres, des picotements, des démangeaisons, de la toux, etc., sensations qui toujours se produisent chez eux d’une façon identique avant l’accès d’asthme.

L’attaque survient ordinairement la nuit et après le premier sommeil : elle peut être pour ainsi dire instantanée mais le plus souvent elle survient progressivement et rapidement aussi. Le malade, quelquefois réveillé par une violente envie d’uriner ou par des douleurs articulaires ou musculaires, ressent un sentiment de malaise, d’oppression, de constriction de la poitrine ; il se lève alors, cherchant l’air qui lui manque, il court à la fenêtre, l’ouvre et, s’appuyant aux meubles voisins, il fait de violents efforts d’inspiration pour introduire l’air dans la poitrine, mettant pour cela en jeu tous les muscles inspirateurs.

Il a la tête renversée en arrière, les traits anxieux, les yeux brillants, saillants hors de l’orbite, les conjonctives injectées, le visage rouge et parfois couvert de sueur, les lèvres cyanosées, les veines du cou gonflées, saillantes ; le pouls est petit, quelquefois intermittent. Le malade ne peut ni parler, ni bouger, ni boire, sans être menacé de suffocation ; il fait entendre une sorte de sifflement rauque, de piaulement interrompu par une toux petite, pénible.

Pendant ce paroxysme, où tout est en jeu pour faciliter l’entrée de l’air dans la poitrine, le thorax est augmenté de volume, agrandi ; les mouvements inspiratoires sont diminués et, d’après Salter, l’expiration est plus longue que l’inspiration, contrairement à l’état normal.

La sonorité du thorax est exagérée et le murmure vésiculaire est aboli par places, affaibli dans d’autres ; on entend aussi des râles sibilants, des râles vibrants, aigus même, et plus abondants pendant l’expiration.

Puis, peu à peu, la toux change de caractère, elle est plus facile, plus fréquente, et s’accompagne alors d’une expectoration visqueuse très adhérente, constituée, d’après Salter, par de petites masses distinctes du volume d’un pois, ayant la consistance d’une gelée ou d’arrow-root épais, couleur gris pâle, opalescentes, transparentes et d’une saveur salée.

La respiration devient plus libre, l’angoisse disparaît et tout se calme. L’attaque est terminée, pour reparaître soit dans la même nuit, soit la nuit suivante, soit à une époque plus éloignée : certains accès reviennent périodiquement, tous les quinze jours, tous les mois, tous les deux mois, etc. ; il est rare qu’il n’y ait qu’une seule attaque.

Telle est la physionomie habituelle de l’asthme ; elle peut varier selon les sujets affectés, et tel ou tel symptôme morbide se montre avec une intensité plus ou moins grande chez tel ou tel individu.

 

TRAITEMENT de l’ASTHME (en 1881)

 

Nous pouvons intervenir, au point de vue thérapeutique, dans les trois phases de la maladie : dans la période où il n’existe pas de crise, pendant la crise, pendant l’accès. Le traitement de la première période est prophylactique et s’adresse plus particulièrement à la cause même de l’asthme.

 

Traitement en dehors des crises :

Les circonstances qui déterminent l’asthme sont nombreuses, et nous voyons les auteurs qui ont traité de cette affection s’efforcer de les grouper le plus clairement possible.

Des conditions climatériques :

En première ligne se placent les conditions atmosphériques. On s’est efforcé de chercher quelles étaient les influences climatiques qui déterminaient l’accès d’asthme ; mais il a été impossible de fixer d’une manière précise ces influences, et telle localité qui convient à un asthmatique peut être la cause efficiente d’un accès chez un autre malade. On cite ce fait d’un commis voyageur asthmatique qui avait marqué avec grand soin toutes les localités où il était pris de ces accès et toutes celles, au contraire, où ces accès ne s’étaient jamais produits ; eh bien, messieurs, c’était dans les endroits les plus humides et placés dans les plus mauvaises conditions hygiéniques que les accès d’asthme ne se produisaient pas.

Mais il ne faudrait pas croire que c’est là une règle immuable et, pour ma part, je connais un grand nombre de faits qui la contredisent. J’ai donné mes soins à un haut personnage égyptien qui était obligé d’habiter l’Europe, parce que, toutes les fois qu’il mettait le pied sur la terre égyptienne, il était pris d’accès d’asthme de la plus haute intensité. D’ailleurs ces localités favorables ou défavorables à l’asthme occupent des espaces très restreints, et dans une grande ville, comme Paris, vous verrez des asthmatiques qui ne peuvent quitter leur quartier et habiter dans un autre, sans être pris d’accès d’asthme. Je connais une de mes clientes qui n’a pu quitter le quartier des Invalides, qu’elle habite, sans être prise d’accès d’asthme qui l’ont obligée à revenir toujours à l’habitation première.

Votre premier devoir sera donc, messieurs, de placer l’asthmatique dans la localité où ces accès sont très rares ou nuls, et ici vous devez faire table rase de toutes les conditions hygiéniques connues. Comme l’a très bien dit Salter (Salter, On Asthmatis Pathology and Treatment, London, 1860), c’est dans les grandes villes et dans les quartiers aux rues étroites, aux odeurs quelquefois infectes, que l’asthmatique trouvera l’habitat qui le débarrassera de sa maladie. Par ce seul fait d’une localité bien choisie, l’asthmatique peut donc guérir complètement, à condition toutefois de rester fidèle à cette habitation, car, dès qu’il s’en éloignera, il verra reparaître immédiatement ses accès.

Des poussières :

Une autre cause déterminante de l’asthme, c’est la présence, dans l’atmosphère, de poussières minérales et végétales ou de vapeurs. Vous connaissez tous ces observations si curieuses et devenues classiques d’asthme occasionné par l’inhalation de ces poussières. Trousseau, qui se plaisait à signaler l’histoire de ce pharmacien de Tours qui, toutes les fois qu’on pilait de l’ipéca, était forcé de se réfugier dans les parties les plus élevées de son habitation pour éviter les accès d’asthme, Trousseau, dis-je, était un exemple d’une influence analogue ; chez lui la poussière de l’avoine produisait le même effet. Dans deux circonstances il voulut monter dans son grenier pour vérifier la probité de son cocher, et deux fois, en ouvrant ses sacs d’avoine, il tomba foudroyé par un accès d’asthme. Ces faits sont très nombreux, très connus ; je ne m’y arrêterai donc pas davantage.

Dans d’autres circonstances, ce n’est ni dans l’atmosphère, ni dans les poussières qu’il faut chercher la cause de l’asthme, mais bien dans les troubles apportés à certains organes plus ou moins éloignés du centre respiratoire ou circulatoire. C’est ce que Sée a décrit sous le nom d’asthme d’origine réflexe.

Des asthmes réflexes :

         En première ligne je signalerai les troubles circulatoires. Je vous ai parlé dans mes leçons sur les maladies du cœur de l’asthme cardiaque qui accompagne si fréquemment les lésions de l’orifice aortique et celles de l’aorte (Voir, tome 1erTraitement des maladies du cœur ; leçons sur les maladies de l’orifice aortique) ; je n’y reviendrai pas. Puis, viennent les troubles digestifs ; il existe, en effet, un asthme stomacal , ou du moins l’on voit chez certains dyspeptiques se produire de véritables accès d’asthme coïncidant avec les troubles fonctionnels de l’estomac et il suffit de guérir ces derniers pour faire disparaître les accès de dyspnée.

Influence des diathèses :

         Dans d’autres circonstances, il faut chercher plus loin l’origine même de l’asthme, c’est la constitution du sujet qu’il nous faut invoquer, et, de même que vous avez vu les grandes diathèses influer sur la marche de la bronchite, de même aussi vous les verrez être une cause efficiente de l’asthme. L’arthritisme et la dartre s’accompagnent souvent d’asthme ; étudiez les antécédents de vos asthmatiques comme l’a fait Gueneau de Mussy, et vous rencontrerez bien souvent, dans leurs ascendants, le rhumatisme ou la goutte. D’autre part, vous voyez aussi l’accès d’asthme alterner avec l’apparition de certains exanthèmes dartreux ; pour ma part, j’ai été à même de constater souvent la réalité de ces faits, ainsi que la fréquence de l’asthme chez les hémorroïdaires et les migraineux. Il y a là, messieurs, des renseignements précieux pour la thérapeutique.

Médications thermales :

Pour les asthmatiques arthritiques, vous emploierez les alcalins et les eaux thermales telles que celles de Royat, de Plombières, d’Aix. Pour les asthmatiques dartreux, vous userez de l’arsenic et des eaux thermales comme la Bourboule et le Mont-Dore. Cette dernière station jouit, dans notre pays, d’une grande réputation dans le traitement de l’asthme, surtout pour celui qui complique le catarrhe pulmonaire, et Bertrand, Mascarel, Richelot, etc., ont longuement insisté sur ce point. A propos de ces eaux, je puis vous citer aussi Saint-Alban et les inhalations d’acide carbonique que l’on y pratique. Goin affirme que ces inhalations ont une action curative dans l’asthme.

Mais revenons aux asthmatiques dartreux. Il vous faudra, chez ces derniers malades, respecter les manifestations cutanées, les déterminer même en certains cas et appliquer, comme le fait Noël Gueneau de Mussy, un exutoire permanent. Pour les hémorroïdaires, il faut non seulement respecter les hémorroïdes, mais les provoquer.

Telles sont, messieurs, les indications thérapeutiques relatives au traitement de l’asthme en dehors de la période des accès, et, sachez-le bien, vous pourrez empêcher la production des crises d’asthme par ce seul fait que vous aurez choisi une localité convenable pour le malade, ou que vous lui aurez évité l’action des poussières irritantes ou bien encore que vous vous serez adressés à la diathèse primitive. Mais dans d’autres circonstances vous échouerez, et vous devrez traiter les crises asthmatiques ; ici nous avons à établir une distinction entre la crise asthmatique et les accès qui la constituent

 

 

Traitement de la crise :

 

Pendant la crise il existe trois médicaments qui ont une action réelle et indiscutable sur l’asthme, ce sont : l’iodure de potassium, le bromure de potassium et l’arsenic. Je place en première ligne l’iodure de potassium ; dans le traitement de l’asthme, vous donnerez 50 centigrammes à 1 gramme et même davantage de ce médicament à votre malade, suivant en cela sa tolérance individuelle. Vous joindrez au médicament le bromure de potassium, et pour ma part j’ai l’habitude de donner aux asthmatiques 1 gramme de bromure le matin, et le soir 50 centigrammes à 1 gramme d’iodure. J’administre ces deux médicaments dans du lait pour éviter leur action irritante sur la muqueuse de l’estomac, et enfin je joins à ce traitement l’arsenic, que j’administre alors au moment des repas, soit sous forme de liqueur de Fowler, soit sous celle de granules de Dioscoride.

Comme médicament adjuvant, vous pourrez utiliser les cigarettes antiasthmatiques ou bien encore le mélange de datura stramonium et de sauge, et par ces moyens thérapeutiques vous diminuerez le nombre des accès, leur intensité et leur fréquence ; vous pourrez même, en continuant longtemps ce traitement, reculer la période des accès.

Mais, chez un grand nombre d’asthmatiques, l’accès d’asthme, qui au début pouvait être essentiel, détermine, par le trouble qu’il apporte aux fonctions circulatoires et respiratoires, des lésions persistantes du cœur et du poumon ; l’emphysème et le catarrhe bronchique, suivis bientôt de la dilatation du cœur droit, marchent de pair avec des accès d’asthme, laissant, dans l’intervalle des crises, une dyspnée plus ou moins persistante.

 

De l’aérothérapie :

Dans ces cas, messieurs, il est une médication héroïque pour soulager les emphysémateux asthmatiques, c’est l’usage de l’aérothérapie ; vous utilisez soit les bains d’air comprimé, soit les inhalations d’air comprimé et les expirations dans l’air raréfié. L’emploi des bains d’air comprimé surtout fait diminuer dans une portion très notable et la dyspnée emphysémateuse et la dyspnée asthmatique ; cela grâce à la circulation aérienne plus active qui se produit dans les alvéoles pulmonaires, ce qui permet aux échanges gazeux de se rétablir.

Comme vous le voyez, messieurs, nous avons successivement étudié les indications thérapeutiques qui découlent chez l’asthmatique de la période qui se montre entre les crises et des crises elles-mêmes, il nous reste maintenant à étudier le traitement de l’accès ; car lorsque notre thérapeutique n’a pas été assez efficace pour prévenir l’arrivée de la crise, elle peut intervenir au début de l’accès, le faire disparaître ou en atténuer la durée. Pour qui a assisté à un accès d’asthme et qui a observé la violence de la dyspnée et les phénomènes pénibles et douloureux qui l’accompagnent, c’est là un point bien important de pouvoir, dans une certaine limite, en atténuer la durée.

 

Du traitement de l’accès :

Vous arriverez à ce but en employant trois ordres de médicaments : les injections de morphine, les injections de pilocarpine, ou bien les inhalations de certaines vapeurs ou de certains gaz.

Les injections sous-cutanées de morphine, associées ou non à l’atropine, me paraissent le plus sûr moyen d’arrêter à son début l’accès d’asthme. J’ai vu, pour ma part, bien souvent ces accès disparaître en dix ou quinze minutes, après une injection de 5 à 10 milligrammes de chlorhydrate de morphine. Vous userez donc de ce médicament avec ménagement, pour éviter l’habitude qui en résulte et qui fait que bien des malades, soulagés par la morphine, tendent à devenir morphinomanes.

J’ai moins d’expérience des injections de pilocarpine ; je les crois, comme effet prompt et rapide, très inférieures à la morphine ; mais je reconnais, toutefois, avec Berkart, que ce médicament hâte l’expulsion des crachats opalins qui terminent l’accès d’asthme.

On emploie aussi le papier nitré et les papiers antiasthmatiques que l’on brûle sur une assiette, dans la chambre du malade et près de son lit. Sée leur préfère de beaucoup l’iodure d’éthyle, dont il fait respirer au malade de 5 à 10 gouttes lors de l’accès dyspnéique.

 

Telles sont, messieurs, les principales indications du traitement de l’asthme ; elles sont, comme vous le voyez, nombreuses et méritent toute votre attention.

Leçons de Clinique thérapeutiqueDocteur Dujardin-Beaumetz, Doin Ed., Paris, 1881, page 261 :

Des INHALATIONS :

 Dans l’inhalation, on fait respirer au malade des substances qui dégagent des vapeurs à la température ambiante (éther, chloroforme, acide acétique, nitrite d’amyle, alcool, ammoniaque, iode, camphre, etc.).

Les anesthésiques s’administrent exclusivement par cette méthode. Cependant je vous ai montré, à propos du nitrite d’amyle, le parti qu’on en pouvait tirer dans le traitement des maladies du cœur ; on l’applique aussi au traitement des syncopes, c’est ainsi qu’on fait respirer dans ces cas, des vinaigres aromatiques et des sels volatils que les Anglais ont surtout perfectionnés sous le nom de smelling salts, et qui sont, vous le savez, des sels ammoniacaux.

On a surtout appliqué la méthode des inhalations à la cure des affections du poumon, et lorsque je vous parlerai du traitement des bronchites et de la phtisie, je vous montrerai tout le parti qu’on peut tirer de ces inhalations. Guillemin a généralisé cette méthode en soutenant que le plus grand nombre de substances odorantes, pour produire leurs effets thérapeutiques, devaient être, non pas absorbées par les voies digestives, mais bien inhalées. C’est ainsi qu’il a proposé de traiter l’hystérie par les inhalations de teinture de valériane et les bons effets que l’on a obtenus des bains de valériane seraient, selon lui, le résultat non pas de l’action locale de ces bains, mais bien de la pénétration par les voies respiratoires de l’odeur si intense qu’ils développent. D’ailleurs, vous connaissez tous les bons effets que l’on obtient des inhalations d’éther dans la cure des états spasmodiques (…).

 

Des appareils à inhalation :

Beaucoup d’appareils ont été confectionnés pour pratiquer ces inhalations ; les uns sont plus ou moins compliqués, comme ceux qui servent à l’éthérisation, d’autres sont plus simples, ce sont ceux qu’on emploie pour donner le chloroforme (cornets, appareil de Demarquay, appareil de Legroux). On se sert aussi dans le même but de flacons laveurs avec tube de dégagement.

Enfin, on a construit des inhalateurs permanents : ce sont des masques ou des muselières qu’on applique devant la bouche (vous en avez vu certainement porter cet hiver). Ces appareils sont employés en Allemagne, et Curschmann, Langenbeck, Frankel et Senator utilisent ces muselières dans le traitement des bronchites fétides.

 

Des inhalateurs permanents :

Se basant sur ce fait qu’on respire à l’état normal beaucoup plus par le nez que par la bouche, Feldbausch a inventé un petit instrument qu’il suffit de mettre dans la narine pour inhaler d’une façon permanente les substances qu’il contient. C’est ce qu’il a décrit sous le nom d’inhalateur permanent nasal ; ce sont de petits tubes ou capsules qu’on introduit dans le nez, où ils restent fixés d’eux-mêmes ; ils contiennent une parcelle de papier buvard ou de flanelle destinée à recevoir le médicament. C’est ainsi que Fledbausch utilise les vapeurs d’acide phénique, d’ammoniaque liquide, de baume du Pérou, de Tolu, de brome, de camphre, de créosote, de chloroforme, d’eucalyptus, de genièvre, de pin, de sauge, etc., etc.

 

Des fumigations :

La fumigation est un autre procédé de thérapeutique pulmonaire. Ce qui distingue la fumigation de l’inhalation, c’est qu’il est nécessaire dans ce procédé de faire intervenir la chaleur pour dégager des vapeurs médicamenteuses.

Les fumigations sont connues depuis la plus haute antiquité, Hippocrate (NOTE 1 : Hippocrate parle souvent des fumigations respiratoires. A propos des angines, il dit : On introduira des canules dans la gorge le long des mâchoires. On fera une fumigation avec l’hysope de Silicie, le soufre et l’asphalte, et il (le malade) attirera cette fumigation par les canules et par les narines afin que le flegme sorte (Des maladies, t. VII, p. 131). Et plus loin, Hippocrate conseille les fumigations contre la phtisie (t. VII, p. 193, Des affections internes) les vantait, et le nombre des travaux (NOTE 2 : Oribase parle des procédés qu’employait Antyllus pour les fumigations. Voici comment s’exprimait cet auteur : « Les fumigations, dit Antyllus, ne conviennent pas à toute espèce de maladie, mais seulement à celle de la poitrine, et encore ne sont-elles légitimement applicables qu’au cas d’asthme ou d’orthopnée par embarras de pituite ; elles sont contre-indiquées dans le cas de d’hémoptysie et de toux sèche. On fait asseoir le malade et on le met tout entier sous une vaste couverture ; entre ses jambes écartées on place un vase contenant du feu sur lequel on jette des feuilles d’aristoloche, de la clématite ou du soufre, ou des bourgeons de sapin, ou du persea, ou des fragments de vieilles cordes (celles qui ont servi à la marine sont les meilleures), et l’on recommande au patient de baisser la tête pour mieux recevoir et aspirer cette fumée. Beaucoup ont rejeté la pituite à la première épreuve ») qui ont été faits sur ce sujet est des plus considérables. Beddoës, Watt, Crichton, Cottereau et surtout Martin-Solon ont bien étudié cette partie de la thérapeutique, à laquelle on a donné le nom d’atmiatrie.

Les fumigations sont ou générales ou locales. Nous ne parlerons ici que des fumigations respiratoires ; il y en a deux variétés : les fumigations sèches ou suffituset les fumigations humides ouhalitus.

 

Des fumigations sèches :

Pour les fumigations sèches, on produit les vapeurs en brûlant certaines substances, telles que le styrax, la myrrhe, le benjoin, etc. C’est dans ce groupe que nous devons faire rentrer les cigarettes et les cigares médicinaux (NOTE 3 : Les cigares médicinaux sont faits avec des plantes naturelles ou additionnées de substances médicamenteuses en poudre ou en dissolution que l’on dispose en cigares ; les cigarettes médicinales sont faites avec des plantes hachées et roulées dans du papier. On en confectionne aussi avec des papiers imprégnés de substance active et roulés en forme de cigarettes (cigarettes arsénicales, balsamiques, etc.), ou encore avec des substances volatiles qu’on introduit dans des tubes en plume, en verre, bois ou ivoire (cigarettes de camphre, naphtaline, etc.). On fait des cigares ou cigarettes narcotiques avec des feuilles de belladone, de digitale, jusquiame, nicotinine, stramoine ; cigarettes de varech ou de fucus, cigarettes iodées antiphtisiques, cigarettes d’eucalyptus. Pour fumer, il faut se servir de porte-cigares ou de pipes, afin de ne pas avoir dans la bouche les substances elles-mêmes. Les cigares ou cigarettes les plus employées sont les suivantes :

 

Cigares opiacés : feuilles de belladone, 3 grammes ; extrait d’opium, 15 centigrammes. On fait dissoudre l’extrait d’opium dans un peu d’eau, on arrose de la solution les feuilles de belladone, on laisse sécher et l’on fait un cigare. On peut remplacer l’extrait d’opium par le laudanum.

 

Cigarettes arsénicales (Trousseau) : arséniate de soude cristallisé, 1 gramme ; eau distillée, 30 grammes. On fait absorber cette solution par une feuille de papier blanc à filtrer, on fait sécher et l’on divise en vingt morceaux qui contiennent chacun 5 centigrammes d’arséniate de soude.

 

Cigarettes arsénicales de Boudin :acide arsénieux, 0, 01 centigramme, eau, Q.S. On imbibe une feuille de papier blanc à filtrer de 5 centimètres de largeur qu’on fait sécher avant de la rouler en cigarette.

 

Cigarettes antispasmodiques (Trousseau) : feuilles de stramonium, 30 grammes ; les mouiller avec extrait d’opium, 2 grammes ; eau distillée 25 grammes. On fait sécher et on fait des cigarettes.

 

Cigarettes antispasmodiques : feuilles de stramoine et de sauge (de chaque) parties égales. On arrose ces plantes avec une solution de nitre au dixième. La dose du mélange est de 1 gramme.

 

Cigarettes antiasthmatiques : feuilles de belladone, de sauge, de stramonium, de digitale : aa 5 grammes ; teinture de benjoin, 40 grammes ; sel de nitre, 75 grammes ; eau : 1.000 grammes. On fait une décoction de ces plantes, on passe, on ajoute le sel de nitre et la teinture de benjoin pour immerger, feuille à feuille, une main de papier buvard, pendant vingt-quatre heures ; on fait sécher et l’on coupe en rectangles de 10 centimètres de longueur sur 7 centimètres de largeur.

 

Cigarettes de belladone : on introduit dans une cigarette des feuilles sèches de belladone. Pour une cigarette on emploie un gramme de feuille. Les cigarettes de digitale, jusquiame, nicotiane, etc., se préparent de même.

 

Cigarettes de camphre (Raspail) : dans un tube ou tuyau de plume, on met un peu de camphre granulé et l’on ferme les deux extrémités du tube avec un petit tampon de ouate.

 

Cigarettes de Golfin ou cigarettes balsamiques : ce sont des feuilles de papier sur lesquelles on a étendu plusieurs couches de teinture de baume de Tolu, tenant en suspension de la poudre de nitrate de potasse et d’iris.

 

Cigarettes iodées : elles sont confectionnées avec les espèces aromatiques arrosées de teinture d’iode.

 

Cigarettes iodoformées : se préparent avec des feuilles de belladone saupoudrées d’iodoforme ou trempées dans une solution alcoolique d’iodoforme.

 

Cigarettes mercurielles de Trousseau : deutochlorure de mercure, 1 gr. ; acide nitrique, 1 gr. ; eau, 20 gr. Après dissolution, on étend sur un papier collé de 20 centimètres sur 15 ; on fait sécher et on plie en cigarettes. On inspire dix gorgées de ces cigarettes plusieurs fois par jour dans le traitement des affections syphilitiques de la gorge.

 

Cigarettes pectorales (Espic) : belladone, 0,30 gr. ; stramoine, 0,15 gr. ; jusquiame, 0,15 gr. ; phellandre, 0,15 gr. ; extrait d’opium, 0,18 gr. ; eau de laurier-cerise, Q.S. pour une cigarette faite avec du papier brouillard), qui ont joui autrefois d’une assez grande vogue, ainsi que les papiers nitrés ou cartons fumigatoires, que l’on fait brûler sur une assiette dans la chambre des malades (NOTE 4 :

Cigarettes nitrées ou papier nitré : préparées avec des feuilles de papier blanc non collé trempées dans une solution saturée à froid de nitrate de potasse. On brûle ces papiers sur une assiette et la combustion dégage une fumée épaisse.

Carton fumigatoire (Codex français) : papier gris sans colle : 120 gr. ; azotate de potasse pulvérisée : 60 gr. ; feuilles de belladone pulvérisées, feuilles de datura stramonium pulvérisé, feuilles de digitale pulvérisée, feuilles de lobélie en feuilles pulvérisées, semence de phellandrum pulvérisée : aa 5 gr. ; myrrhe pulvérisée : 10 gr. ; oliban pulvérisé : 10 gr. Déchirez le papier en morceaux, faites tremper dans l’eau, ajoutez, pilez, incorporez ensuite dans les poudres préalablement mélangées ; étendez la pâte humide dans des moules de fer-blanc ; faites sécher à l’étuve. La dose doit fournir trente-six morceaux rectangulaires d’environ 6 centimètres de longueur sur 4 centimètres de largeur. On fait brûler un de ces cartons dans la chambre).

 

Nous discuterons d’ailleurs la valeur de ces préparations lorsque je vous parlerai du traitement des maladies pulmonaires et en partie de celui de l’asthme. Les trochisques ( Note 5 : On appelle ainsi des médicaments solides composés d’une ou plusieurs substances réunies au moyen d’un mucilage et auxquels on donnait une forme conique, ou bien parfois celle d’un grain d’avoine, d’une boule, d’un cube. Aujourd’hui on met encore sous cette forme des poudres (de bismuth) ou des précipités qu’on veut faire sécher. Les pastilles du sérail sont des trochisques.

 

Trochisques odorants (clous fumants, pastilles fumigatoires du sérail) : benjoin : 80 gr., Baume de Tollu : 20 gr., Santal citrin : 20 gr., Charbon léger : 500 gr., Nitre : 40 gr., mucilage : Q.S. Faites une masse homogène que vous diviserez en petits cônes de 3 centimètres de hauteur en donnant à leur base la forme d’un trépied (Codex).

 

Trochisques résino-iodés(Rouvier) : Charbon léger : 0,05 gr., benjoin : 0,25 gr., iode : 0,10 gr., Baume de Tolu : 0,05 gr., azotate de potasse : 0,10 gr., mucilage de gomme adragante : Q.S. pour un trochisque ; qu’on brûle comme les clous fumants, c’est-à-dire en les allumant par la pointe) qui ont été bien étudiés par Lorbel-Lagneau, sont des préparations qui entrent dans ce groupe. Ce sont des petits cônes fumigatoires, cônes médicamenteux fumants (comme les pastilles du sérail), qu’on allume et dont on respire les vapeurs.

 

Des fumigations humides :

Les fumigations humides se préparent en employant des décoctions de plantes, belladone, guimauve, hysope, etc. On jette ces plantes dans l’eau bouillante et la vapeur d’eau entraîne les principes médicamenteux qui pénètrent dans les poumons.

Pour pratiquer ces inhalations on a proposé divers appareils ; Martin-Solon en décrit un basé sur le flacon de Wolf à trois tubulures, mais les plus connus sont ceux de Mandl, de Charrière, de Baillemot et de Mathieu. Tous ces appareils sont analogues, ils sont aujourd’hui presque tous abandonnés ; ils consistaient en un récipient où l’on dégageait les vapeurs qui étaient dirigées vers la bouche par un tube plus ou moins long (NOTE 6 : Toutes les substances ont été employées pour faire les fumigations. Beaucoup sont abandonnées aujourd’hui, surtout parmi les substances prises dans le règne animal, telles que la corne, la fiente, les graisses, urines, poils, etc. Le règne végétal fournit aujourd’hui : les substances émollientes(la mauve, guimauve, pariétaire, etc.) ; aromatiques(labiées, ombellifères, crucifères, rosacées, orchidées, etc.) ; vireuses ou narcotiques (belladone, jusquiame, stramoine, morelle, pavots, etc., etc.).

Dans le règne animal, on utilise beaucoup de substances : l’ammoniaque, le chlore, l’iode, le soufre, le calomel, le sublimé corrosif, la cinabre, l’iodure de potassium, le bromure, le chlorure de sodium, les sels de mercure, les sels ammoniacaux, arsenicaux, etc., dissous dans l’eau, peuvent être vaporisés et employés en fumigations, d’après les expériences de Bremond.

De nombreux appareils ont été inventés et ils diffèrent selon l’espèce de corps avec lequel on veut agir. Nous ne nous occuperons pas ici des procédés de l’enveloppement, des boîtes à fumigations, décrites déjà dans Ambroise Paré, de l’appareil de Galès, des appareils de Jurine et Triayre, de Rapon, de Rioux, qui sont utilisés surtout pour les bains de vapeur.

Nous laisserons aussi de côté les appareils de Mauroy, Lécuyer, Chaussier, Duval, Langlebert, Bremond, Toad Downing, etc., destinés à servir surtout pour les fumigations générales.

Parmi les appareils permettant de diriger le jet de vapeur sur les muqueses, les plus connus sont ceux de Mulki et de Traube, en Allemagne, de Mudge, de Mandl, de Charrière et de Baillemont.

Celui de Mandl, servant à porter des fumigations dans le nez, la bouche, la gorge ou le larynx, est constitué par un ballon de verre supporté par un pied en cuivre et chauffé au moyen d’une lampe à alcool placées au-dessous. Ce ballon présente à sa partie supérieure deux tubulures : l’une, évasée, sert à l’introduction des liquides et à établir la communication avec l’air extérieur ; l’autre, tubuleuse, est munie d’un tube de caoutchouc vulcanisé de 30 à 35 centimètres terminé par une rondelle de bois à laquelle est adapté un autre petit tube de caoutchouc de 7 à 8 centimètres, destiné à être mis dans la bouche ou les narines du malade.

L’appareil fumigatoire de Charrière se compose : d’un fourneau renfermant une lampe à alcool et surmonté d’un cercle fenêtré ; d’un récipient recevant le liquide destiné à la fumigation ; d’un large conduit élastique faisant suite au réservoir et se terminant par embouchure que l’on applique sur la bouche ou sur le nez et la bouche. Une soupape, placée au-dessous et en avant de l’embouchure, permet à l’expiration de se faire au dehors.

L’appareil de Baillemont est composé de deux cylindres de fer-blanc, s’emboîtant l’un dans l’autre de manière à laisser entre leurs parois un vide de 1 millimètre de diamètre et de 25 millimètres de longueur, taillés en biseau à leur bout inférieur de manière à ne point présenter d’obstacles à la pénétration du cylindre supérieur dans l’inférieur. L’intervalle circulaire laissé entre les deux cylindres à leur partie supérieure est recouvert d’un petit chapeau destiné à empêcher l’introduction de la poussière. Le cylindre supérieur ou interne est percé à sa base de deux ouvertures, d’une largeur et d’une hauteur de 1 centimètre, diamétralement opposées et établissant la communication entre les deux cylindres. La partie supérieure de ce cylindre possède un tuyau d’aspiration muni à son orifice d’un diaphragme en fer-blanc, s’opposant à ce qu’une forte aspiration fasse pénétrer du liquide dans le tube de dégagement. A l’extrémité du tuyau recourbé s’adaptent à volonté deux embouts différents de buis ou de porcelaine, l’un creusé d’un canal rectiligne et destiné aux aspirations buccales, l’autre creusé d’un canal coudé à angle droit et servant aux fumigations nasales.

Dans le cylindre inférieur se met la substance liquide ou solide qui doit servir à la fumigation. Pour dégager la vapeur, il suffit d’approcher l’appareil d’un foyer quelconque pendant quelques instants).

On peut, du reste, les remplacer assez facilement. Veut-on, par exemple, faire une fumigation avec des fleurs de mauve, après avoir jeté sur ces fleurs, mises dans un vase, de l’eau bouillante, il est bien simple, dis-je, de coiffer le vase avec un morceau de papier épais affectant la forme d’un entonnoir, dont la partie évasée coiffe le bol, tandis que la partie rétrécie, mise devant la bouche, permet l’issue par cette voie des vapeurs médicamenteuses.

 

Valeur des fumigations :

Quelle est la valeur des fumigations ? Les fumigations sèches ont une valeur réelle, mais celle des fumigations humides est très douteuse, et, comme l’a montré mon interne en pharmacie M. Jaillet, à propos de la belladone, l’action médicamenteuse est à peu près nulle. En effet, lorsque l’on inhale les vapeurs d’une décoction aussi concentrée que possible de belladone, on ne détermine aucun trouble pupillaire, même lorsque cette fumigation est prolongée pendant longtemps. Il est donc probable que dans un très grand nombre de cas les fumigations humides ne font pénétrer dans le poumon que de la vapeur d’eau.

 

De la pulvérisation :

Frappé du peu d’effet des fumigations humides, Sales-Girons, en 1858, a introduit un autre procédé thérapeutique basé sur la division des liquides médicamenteux en particules excessivement ténues, c’est la pulvérisation des liquides, et cette nouvelle thérapeutique respiratoire parut à son début devoir faire progresser d’une façon très sensible la cure des affections pulmonaires.

 

Des appareils pulvérisateurs :

Vous connaissez tous les nombreux appareils qui ont eu pour point de départ la découverte de Sales-Girons. Ces pulvérisateurs peuvent être ramenés à trois types principaux. Dans les uns, c’est un jet filiforme de liquide, venant frapper avec force une surface polie, se répand en poussière d’une finesse extrême, c’est le véritable pulvérisateur de Sales-Girons. Dans d’autres appareils, c’est l’air qui, lancé avec force et mélangé au liquide, produit la pulvérisation de ce dernier ; c’est sur ce principe qu’est basé le pulvérisateur de Richardson. Enfin, on a construit d’autres appareils dits pulvérisateurs à vapeurs dans lesquels le courant de la vapeur d’eau aspire et entraîne en les pulvérisant les substances médicamenteuses. C’est ainsi que sont construits les appareils si puissants que l’on emploie aujourd’hui dans la méthode de Lister.

Pour ma part, c’est à ces derniers instruments que je donne la préférence, d’abord parce qu’ils fonctionnent seuls et sans avoir besoin de faire manœuvrer une pompe, puis parce qu’ils font pénétrer dans la cavité buccale un liquide à température convenable, ce qui n’arrive pas avec les autres pulvérisateurs, et en particulier avec ceux de Richardson, qui projettent un courant d’air froid qui peut avoir son inconvénient dans le traitement des angines.

 

Valeur des pulvérisations :

Quel que soit d’ailleurs l’appareil employé, quelle est la véritable valeur de cette méthode thérapeutique ? Il y a près d’une vingtaine d’années, en 1862, la pulvérisation de liquides donna lieu à l’Académie de médecine à une discussion longue, les uns soutenant que les poussières liquides pénétraient dans les poumons, les autres, au contraire, que cette pénétration ne pouvait avoir lieu (NOTE 7 : Demarquay a expérimenté dans une première série l’action des pulvérisations chez des lapins. Il pulvérisait une solution de 1 gramme de perchlorure de fer dans 100 grammes d’eau. Il a toujours trouvé que ces animaux, par le cyanure jaune de potassium, la présence de ce sel de fer dans les poumons. Notons que ces lapins avaient la gueule maintenue ouverte par une pince spéciale.

Dans une seconde série faite sur les chiens par le même procédé, Demarquay n’a plus trouvé le perchlorure dans le parenchyme pulmonaire, mais seulement dans les trachées et les bronches. Enfin, dans une troisième série d’expériences, il expérimenta sur une malade trachéotomisée et trouva dans la trachée les traces des liquides pulvérisés. Sur cette même femme, le docteur Fournié a renouvelé l’expérience et a montré que le liquide pulvérisé ne pénétrait pas au-dessous du larynx.

Pietra Santa a insisté sur l’abaissement de la température de l’eau sulfureuse par la pulvérisation des Eaux-Bonnes. La température - qui est de 31,5 - s’était abaissée par la pulvérisation à 18 degrés ; il se produit aussi une destruction des sulfures alcalins et de l’acide sulfhydrique par ce moyen.

Briau conclut de ces recherches sur la pulvérisation que les expériences sur les animaux rendent peu probable chez l’homme la pénétration de ces mêmes liquides dans les canaux respiratoires.

Delore combat aussi la méthode des pulvérisations ; en pulvérisant de l’iode et des iodures, il n’a jamais trouvé, dans les urines des personnes qui inhalaient ces pulvérisations, trace de ces liquides.

Fournié nie la pénétration des liquides pulvérisés, mais il admet celle des poussières. Dans des expériences comparatives faites sur l’homme, il a toujours constaté la pénétration des poussières solides, jamais celles liquides.

Auphan a soutenu que la pulvérisation détruisait dans les eaux d’Euzet-les-Bains toutes les propriétés sulfureuses.

Moura-Bourouillon, Tavernier, Gratiolet, en opérant sur eux-mêmes, ont fait pénétrer les liquides pulvérisés dans la trachée.

Sales-Girons reconnaissait lui-même que, pour faire pénétrer les poussières liquides, il fallait respirer d’une certaine manière.

Poggiale admet que les poussières liquides pénètrent dans les bronches). Les premiers, comme Sales-Girons, Poggiale, Tavernier, Gratiolet, etc., etc., se basaient sur les expériences de Demarquay et de Moura-Bourouillon, qui démontraient expérimentalement la possibilité de cette pénétration. Les seconds, comme Pietra Santa, Briau, Delore, Fournié, etc., etc., soutenaient que cette pulvérisation ou détruisait les propriétés curatives des eaux sulfureuses ou que les poussières liquides ne pouvaient pénétrer dans la trachée.

Aujourd’hui, cette question paraît à peu près définitivement jugée ; à l’état normal et physiologique, il est douteux que les poussières liquides pénètrent réellement dans la trachée, et si Demarquay a retrouvé jusque dans le parenchyme pulmonaire des animaux les traces du liquide qu’il pulvérisait, c’est qu’il les plaçait dans des conditions expérimentales absolument anormales. Les expériences de Moura-Bourouillon ne sont pas plus décisives ; cet expérimentateur montrait sur lui-même et sur des individus opérés de la trachéotomie la pénétration des liquides dans la trachée, mais ce fait s’expliquait suffisamment soit par l’accoutumance du larynx, soit par la paralysie de ce dernier.

En résumé donc, la méthode découverte par Sales-Girons n’est pas à proprement parler une nouvelle thérapeutique respiratoire ; est-ce à dire qu’elle doive être abandonnée ? Nullement, messieurs ; la méthode de Sales-Girons, si elle n’a pas donné tout ce qu’elle promettait à propos des maladies du poumon, a rendu et nous rend encore d’immenses services dans les maladies du pharynx et des fosses nasales ; aussi, dans toutes les stations sulfureuses ces pulvérisations sont-elles en usage, mais elles s’adressent exclusivement au traitement des angines.

Il ne faut point confondre ces pulvérisations avec les inhalations ou le humagedes eaux sulfureuses ; cette pratique consiste dans l’inspiration d’un air fortement chargé d’hydrogène sulfuré, gaz qui pénètre facilement dans le poumon et qui y est rapidement absorbé ; à Saint-Honoré, à Allevard, à Amélie-les-Bains, au Mont-Dore, etc., etc., (NOTE 8 : Les salles d’inhalation présentent des dispositions variables :

Au Mont-Dore, ce sont des étuves humides entourées de gradins placés de bas en haut. La température de la salle d’inhalation est de 25 degrés à la partie inférieure et 45 degrés à la partie supérieure.

A Allevard, l’eau, qui a 24 degrés, arrive, par un jet d’eau, à la partie supérieure de la pièce et se brise au plafond sur une sphère creuse.

A Saint-Honoré, l’eau, qui a 18 à 20 degrés, tombe du plafond par jets très tenus.

A la Mothe, l’eau sort d’un disque en pomme d’arrosoir à très petite ouverture.

A Amélie-les-Bains, dans la salle d’inhalation des thermes romains, on trouve deux appareils pour le dégagement des vapeurs : l’un est une vasque où eau sulfureuse se renouvelle constamment ; l’autre, des bassins où l’eau est projetée par un jet puissant.

Le humage consiste dans l’aspiration par un tube des vapeurs d’eau minérale. Lambron a établi depuis longtemps ces humages à Luchon ; ils existent aussi à Cauterets.

A Panticosa (Aragon), il existe une méthode mixte ; on pulvérise l’eau et l’on aspire, par un tube en forme de conque, les produits de cette pulvérisation), vous trouverez des vaporariumoù se pratiquent ces inhalations et ces humages.

Jusqu’ici, je ne me suis occupé que de la pénétration des liquides ou des vapeurs médicamenteuses dans le poumon, il me reste à vous exposer l’action curatrice de l’air ; c’est là un grand chapitre que je me promets d’aborder dans ma prochaine leçon ( Note : la deuxième leçon, page 275, a pour titre : « DE L’AEROTHERAPIE »).