Hommages 2017

Décès accidentel de Gonzague Saint-Bris :

la perte d’un ami.

 

C’est avec incrédulité d’abord, puis stupeur et une profonde tristesse que j’ai appris, tôt mardi matin, le décès brutal de Gonzague Saint Bris, après un accident de voiture survenu peu après minuit, sur la route départementale qu’il connaissait bien, entre Pont-l’Evêque et Annebault. A quelques kilomètres de son Cabourg…

Cet homme gai, original, dynamique, était un amoureux de la station balnéaire où il avait passé de nombreux étés durant sa jeunesse, à la villa Berthier, à l’angle de l’avenue Mermoz et de l’avenue de la Paix. Il aimait raconter ces temps d’insouciance et ses souvenirs d’enfant « en villégiature » avec sa grand-mère, lorsqu’il quittait, l’été, le Clos Lucé, à Amboise, la demeure familiale. Prélude à son amour de Proust ?

Lors du premier mandat de Bruno Coquatrix, il avait été l’initiateur du Festival du Film romantique. Avec beaucoup de plaisir, d’enthousiasme même, et de fidélité, il a assisté à chacune des trente et une éditions.

Gonzague Saint Bris était surtout connu par le grand public pour sa passion de l’histoire qu’il racontait avec sa voix inimitable, chantante et douce, posée, lente, très articulée. C’était un habitué de la radio et de la télévision.

C’était aussi l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages, surtout des biographies, qui ont connu un joli succès, certains récompensés par des Prix littéraires comme Les Vieillards de Brighton (prix Interallié 2002).

Son prochain livre, dont il m’avait parlé avec enthousiasme, il y a tout juste un mois, lors du cent dixième anniversaire du Grand Hôtel de Cabourg, Les Aristocrates rebelles, sortira en librairie dans 21 jours, le 30 août. Sans lui…

Il avait aussi fondé, et il en était très fier, en 1995, la Forêt des Livres, un festival littéraire de renommée internationale, qui se déroulera pour la vingt-deuxième fois fin août, au cœur du village forestier de Chanceaux-près-Loches, dans sa chère Touraine.

Il aimait passionnément Proust. Il avait beaucoup apprécié la création, en 2000, du Cercle Littéraire proustien de Cabourg-Balbec et avait participé à diverses manifestations, notamment les premiers Balbecs normands.

Lorsque nous avons créé le Prix de la Madeleine d’Or, c’est tout naturellement que nous lui avons demandé de faire partie du Jury.

Je garde le souvenir personnel d’un homme plein d’humour, passionné, au sourire malicieux, pétri de culture. Il adorait l’ambiance du Grand Hôtel où il venait très souvent se ressourcer. A peine arrivé, quelle que fût l’heure ou la saison, il se changeait, traversait le hall dans un peignoir blanc, les pieds dans des sandales, et descendait à la plage pour se baigner. C’était son grand plaisir.

Il y a deux ans, il avait réalisé un reportage avec un drone sur Cabourg et sa région. Je l’avais accompagné pendant les deux jours de tournage au cœur du Pays d’Auge, à Douville, et à l’église de Dives, mais surtout dans l’Aquarium, le Hall, les salons du Grand Hôtel. Il s’amusait comme un enfant des images étonnantes obtenues.

Et puis, il aimait arpenter, d’un pas lent, s’arrêtant fréquemment (comme Marcel asthmatique) la Promenade Marcel Proust, qu’il contemplait aussi de la fenêtre de la chambre 414, que la direction de l’hôtel lui réservait avec bienveillance.

 

Nous ne le reverrons plus à Cabourg. Si la ville a perdu un de ses meilleurs ambassadeurs, le Cercle a perdu un de ses membres les plus brillants. J’ai aussi perdu un ami fidèle.

Au nom de vous tous, Chers Amis du Cercle, je présente mes condoléances émues les plus sincères et les plus vives à sa famille, à ses proches, et à Alice Bertheaume, sa compagne, si attentive, grièvement blessée dans l’accident, à qui nous souhaitons un prompt et complet rétablissement.

 

Jean-Paul Henriet

Président du Cercle Littéraire Proustien de Cabourg -Balbec

Cultivé, spirituel, romanesque, original, parfois extravagant, Gonzague St Bris était une figure familière du monde des lettres. Véritable passeur, il avait fait de son goût pour l’histoire et les biographies littéraires une spécialité. Il a signé une cinquantaine d’ouvrages consacrés à Léonard de Vinci, Alfred de Musset ou Honoré de Balzac.  Le public adorait l’entendre les raconter de sa voix sonore et les mettre en scène avec talent. Sa haute silhouette, sa chevelure léonine  et son allure de dandy étaient célèbres. Il avait du panache et savait en jouer. Il était l’acteur de son propre personnage, qu’il monte sur une chaise à la fin d’un repas dans un Salon du livre pour déclamer un poème ou traverse le hall du Grand Hôtel de Cabourg en peignoir, impérial, après son bain rituel dans la Manche. Mais ce qui n’était pas joué, c’était sa gentillesse, réelle, sa curiosité, son inventivité,  son amour de la littérature, son intérêt pour les autres et sa générosité. Très attaché à la ville de Cabourg, il y avait créé le Festival du film romantique et était membre du jury du Prix du Cercle littéraire proustien. Nous nous associons de tout cœur à la peine de ses amis et de ses proches face à ce décès brutal, dernier coup de théâtre tragique d’une vie qui n’en manqua pas.

 

Evelyne Bloch-Dano

Présidente du Jury du Prix du Cercle Littéraire Proustien de Cabourg-Balbec

La disparition d’un grand Proustien,

Claude Contamine

 

C’est avec beaucoup de peine et de tristesse que nous avons appris le décès brutal de Monsieur Claude Contamine, survenu vendredi 28 juillet, au milieu des siens dans sa propriété d’Esquibien (Finistère).

 

Fils d’universitaire, ancien élève du lycée Malherbe de Caen (situé alors dans les bâtiments de l’Abbaye aux Hommes, mairie de Caen aujourd’hui) et de la faculté de droit de Caen, diplômé d’études supérieures de droit public, élève à l’école nationale d’administration (1951 – 1953), il participe à la naissance de la Cinquième République dans les cabinets de Michel Debré puis d’Alain Peyrefitte. Il devient directeur de la télévision lors de la création de l’ORTF. C’est dans l’audiovisuel qu’il fera ensuite l’essentiel de sa carrière. Il sera successivement président de l’Union Générale cinématographique, membre du Haut Conseil de l’Audiovisuel, président de France Régions 3, de Télédiffusion de France puis d’Antenne 2.

 

Sous une bonhomie légendaire se cachait un homme direct et volontaire.

 

C’était aussi un érudit, passionné par l’Histoire et un très bon connaisseur de Marcel Proust. Depuis presque huit années, il présidait avec compétence et brio la Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray. Il avait récemment négocié avec le Département, la Région et l’Etat la modification du statut de la Maison de Tante Léonie.

 

Depuis quelques années, il vivait surtout en Bretagne, dans sa maison d’Esquibien, près d’Audierne, sur le cap Sizun, tout près de la Pointe du Raz et de la Chaussée de Sein, « sur la pointe extrême de la terre » (A l’ombre des jeunes filles en fleurs).

 

Le Cercle littéraire proustien présente ses condoléances émues les plus vives à sa famille, à ses proches, à ses amis et à la Société des Amis de Marcel Proust.

 

Jean-Paul Henriet

Président du Cercle Littéraire Proustien de Cabourg -Balbec

Disparition de Michel Blain

 

Un grand ami du Cercle Littéraire Proustien nous a quittés…

 

J’apprends avec beaucoup d’émotion, à mon retour d’un voyage d’études scientifiques, le décès de Michel Blain, mon Ami, survenu le 28 avril dernier.

Nous le savions tous atteint d’un mal qui le rongeait, un mal qui le détruisait.

Je remercie Laurent Fraisse d’avoir retracé le cursus brillant de cet homme cultivé, droit et réfléchi, à l’intelligence si vive, toujours souriant, toujours d’humeur égale.

Qu’il me soit permis d’ajouter quelques mots.

Je l’ai bien connu de 2007, date à laquelle il a adhéré au Cercle (sept ans après sa fondation), à 2013, date de sa dernière venue à Cabourg.

Il souhaita rapidement s’investir dans le Cercle. Il fit diverses interventions avec toujours le même sérieux, la même aisance, une grande clarté dans les propos. C’était un plaisir de l’écouter.

Avant d’être au Jury de la Madeleine d’Or, nous lui confiâmes la préparation des journées du « Balbec normand » de 2011 et 2013 dont le succès dépassa nos espérances. C’était un perfectionniste exigeant pour les autres comme pour lui-même.

Et il venait très souvent à titre personnel à Cabourg pour « se ressourcer ». Combien de fois avons-nous marché ensemble sur la Promenade, dans les Jardins du Casino, dans les rues et avenues de Cabourg en évoquant les séjours de Marcel Proust, en lui montrant les lieux où il se rendait, les villas où séjournaient ses amis. Il me demandait toujours de lui présenter des cartes postales d’époque. Il voulait s’immerger dans le Cabourg des années 1900.

Nous prenions aussi la voiture pour aller « explorer », comme il disait, les abbayes de Caen, le château de Balleroy, le manoir de Cantepie, la cathédrale de Bayeux, l’église de Dives, les villas de Bénerville et de Trouville sans oublier les « fermes » voisines, l’Hostellerie Guillaume le Conquérant à Dives et le magasin Lerossignol à Houlgate… Il était d’une curiosité infinie. Il voulait voir et revoir les lieux proustiens qui le « hantaient » littéralement.

Et puis cette chambre 414 du Grand Hôtel qu’il adorait ! Je le vois encore, à la fenêtre, scrutant l’horizon, regardant et regardant encore et toujours « comme dans les hublots d'une cabine de navire, la mer nue, sans ombrages et pourtant à l'ombre sur une moitié de son étendue que délimitait une ligne mince et mobile, et suivre des yeux les flots qui s'élançaient l'un après l'autre comme des sauteurs sur un tremplin ! ». Il s’éloignait puis retournait « …près de la fenêtre jeter encore un regard sur ce vaste cirque éblouissant et montagneux et sur les sommets neigeux de ses vagues en pierre d'émeraude ça et là polie et translucide, lesquelles avec une placide violence et un froncement léonin laissaient s'accomplir et dévaler l'écroulement de leurs pentes auxquelles le soleil ajoutait un sourire sans visage. » Il rêvait…

Début 2013, certains signes apparurent et se renforcèrent rapidement. La maladie était là. Elle se développa vite, très vite, trop vite. Voici un extrait des termes de son dernier courriel à l’occasion des vœux de 2014 : « Je vous présente mes vœux très vifs et très sincères malgré l'éloignement des choses proustiennes auquel j'ai dû me décider. » Il ne revint jamais en Normandie…

En notre nom à tous, j’ai présenté à sa sœur, Madame Claude Cavin, nos condoléances très émues et attristées.

Le Cercle a perdu un membre éminent ; j’ai perdu un Ami sincère.

Merci, Michel, pour tous les bons moments que nous avons partagés. Tu nous manques déjà…

Au nom du Cercle Littéraire de Cabourg-Balbec, demain, jour du dernier hommage, au pied de ses cendres, je ferai déposer à Illiers, là où demeuraient ses grands-parents maternels, une gerbe d’aubépines en fleurs…

 

Jean-Paul Henriet

Président Fondateur du Cercle Littéraire Proustien