Le prix du Cercle Littéraire Proustien de Cabourg Balbec

Le Cercle Littéraire Proustien de Cabourg-Balbec attribue  tous les deux ans un prix,  le seul au monde à récompenser  une œuvre en français permettant soit la promotion de l'œuvre de Marcel Proust, soit  son étude et son approfondissement.

Surnommé "La Madeleine d'Or" par les adhérents, ce prix est doté à hauteur de 1000 € grâce au mécénat.

Le jury se réserve au travers "d'une mention spéciale " la possibilité de souligner la qualité  de certains  ouvrages proposés à sa sélection.

 

LE REGLEMENT DU PRIX

 

LES LAUREATS de 2015 à 2001

 

LES MENTIONS SPECIALES DU JURY

 

LE JURY

 

La 9ème Madeleine d'Or - 2017

 

Le prix 2017 sera décerné le 25 novembre 2017 à Cabourg,

( cf. la rubrique Agenda de ce site pour s'inscrire à la journée )

 

Liste de présélection pour le prix du cercle littéraire proustien  qui sera attribué le 25 novembre 2017

 

Jérôme Bastianelli

Dictionnaire Proust-Ruskin

Classiques Garnier

 

Philippe Berthier

Charlus

Édition de Fallois

 

Thomas Carrier-Lafleur

L'œil cinématographique de Proust

Classiques Garnier

 

Cécile Leblanc

Proust, écrivain de la musique. L'allégresse du compositeur.

Editions Brepols

 

Diane de Margerie

À la recherche de Robert Proust

Flammarion

 

Francois-Bernard Michel

Le professeur Marcel Proust

Editions Gallimard

 

Jérôme Picon

Marcel Proust, une vie à s'écrire

Flammarion

 

Yves Uro

Madeleine Lemaire, une amie de Marcel Proust

Editions L'harmattan

 

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La 8ème Madeleine d'Or - 2015

 

par Evelyne Bloch-Dano

 

Il y a exactement huit jours, les événements tragiques que vous savez nous ont tous touchés, à des niveaux différents, mais profondément. Chacun a réagi avec sa sensibilité, avec sa volonté de comprendre, avec ses propres moyens. L’humoriste anglais John Oliver sur la chaine américaine HBO a réagi avec son arme à lui, l’humour : « La France va l'emporter et je vais vous dire pourquoi : si tu entres dans une guerre en termes de culture et de mode de vie avec la France ! Putain, bonne chance.  Vas-y ! Vas-y ! Ramène ton idéologie minable, [les Français, eux] ramènent : Jean-Paul Sartre, Edith Piaf, le bon vin, les Gauloises, Camus, le camembert, les madeleines, les macarons, Proust, les putains de pièces montées ! Les pièces montées ! »

Alors voilà qui me laisse à penser que ce que nous faisons ici n’est pas dérisoire, puisque, au-delà des clichés qui datent un peu  - Piaf et les gauloises – Marcel Proust et les madeleines figurent en bonne place au côté du camembert, du bon vin et des « putains de pièces montées ». Il est devenu un symbole de la culture française. Oui, la culture et le bien vivre sont des armes, et ce soir, en bons Français, nous allons fêter la littérature, en nous régalant et en levant notre verre aux forces de l’intelligence et de la vie !

Notre jury, et c’est la première chose que je voudrais souligner, s’est enrichi de deux nouveaux membres. Je dis « enrichi » car ce sont deux personnalités non seulement reconnues pour leur compétence dans le domaine proustien mais aussi des hommes charmants – ce qui dans un jury, croyez-en mon expérience, est de première importance. Vous connaissez Luc Fraisse, vous venez de l’entendre nous parler magnifiquement des rapports entre Anna de Noailles et MP. Professeur de littérature française à l’Université de Strasbourg, directeur de la collection « Bibliothèque proustienne » aux Classiques Garnier, directeur de la « Revue d’études proustiennes », deux fois lauréat de l’Académie française, auteur entre autres de Proust au miroir de sa correspondance et de La petite musique du style Proust et ses sources littéraires pour lequel il a reçu une Madeleine d’or. Nous a aussi rejoints Jérôme Prieur, cinéaste, auteur avec Gérard Mordillat de la série TV autour des origines du christianisme mais aussi de Proust vivant ou d’un documentaire inspiré du Journal d’Hélène Berr, producteur pour l’INA de L’Homme-style une collection de films sur les écrivains contemporains et écrivain, auteur de plusieurs ouvrages sur Marcel Proust dont Proust fantôme ou  Marcel avant Proust, suivi de Marcel ProustLe Mensuel retrouvé. Notre jury a donc la particularité de comporter deux Fraisse (sans lien de parenté) et deux Jérôme !

 

La sélection 2015 comprenait 8 livres :

  • A la lecture de Véronique Aubouy et Mathieu Riboulet (Grasset)
  • Le fantôme du petit Marcel d’Elyane Dezon Jones et Stephane Heuet (V.Hamy)
  • La comtesse Greffulhe de Laure Hillerin (Flammarion)
  • Les enquêtes de Monsieur Proust de Pierre-Yves Leprince (Gallimard)
  • Proust et la guerre de Brigitte Mahuzier (Honoré Champion)
  • La bibliothèque de Marcel Proust de Anka Muhlstein (Odile Jacob)
  • Proust, Ruskin, édition établie par Jérôme Bastianelli (R.Laffont)
  • L’auteur, l’autre – Proust et son double de Michel Schneider (Gallimard)

 

Tous ces livres sont très différents les uns des autres puisqu’ils vont d’une édition critique, et même savante, à un délicieux livre illustré pour enfants.

 

Le choix du jury, comme vous le savez, s’est porté sur l’ouvrage de Michel Schneider L’auteur, l’autre - Proust et son double, pour la qualité et la subtilité de son analyse.

 

Mais nous tenons à saluer le travail critique du Proust Ruskin (traduction par Proust de La Bible d’Amiens et de Sésame et les lys), la fantaisie romanesque des Enquêtes de Monsieur Proust (récompensé par un Prix de l’Académie française), et l’intérêt biographique du livre de Laure Hillerin sur la Comtesse Greffulhe dont vous pouvez admirer en ce moment  les sublimes tenues au Musée Galliéra. Cette biographie a du reste été aussi lauréate de deux Prix.

« L’auteur l’autre », c’est ainsi que je pourrais présenter Michel Schneider. Ou bien même : l’auteur, les autres…tant sont multiples ses visages ou même les doubles de ce natif du signe des Gémeaux.  Ancien élève de l’ENA, haut fonctionnaire, directeur de la musique de 1988-91 mais aussi psychanalyste, musicologue et musicien, il a publié des essais dont Le voleur de mots, essai sur le plagiat ( qu’est- ce qu’un plagiat sinon un double qui se donne pour original ?), des biographies de musiciens Glenn Gould ou Schuman, des essais biographiques qui sont aussi des fictions : Maman (la Maman du petit Marcel), Morts imaginaires (Prix Médicis essai) ou Marylin dernière séance (face à face entre Marylin/son psy). Prix Interallié.

 

C’est peut-être dans son dernier roman, d’inspiration autobiographique, qu’il s’est le plus dévoilé. Comme une ombre (encore le double) est un  roman douloureux dans lequel il met en scène son frère aîné Bernard. Personnage d’ange maudit, double inversé de l’auteur lui-même, le suicide de Bernard amène Michel, le narrateur, à s’interroger sur la vérité des êtres qui nous entourent, sur ce que nous pouvons connaître d’eux. « Les secrets, les mensonges, les fictions sont protecteurs de l’identité. » écrit-il – expérience peut-être du psychanalyste, et très certainement de l’écrivain.

 

C’est dire si l’entreprise biographique de MS s’apparente à un travail d’interprétation dont nul ne possèderait la clef. Dans Maman (1999) - sujet qui m’est cher, vous vous en doutez - il met en exergue le pacte tacite qui lie la mère et le fils dans un même déni à front renversé de l’homosexualité et de l’écriture. « Fais comme si je ne savais pas », la dernière phrase de Conversation avec Maman devient ainsi le sésame de l’œuvre proustienne qui ne peut s’accomplir qu’une fois la mère morte – ou tuée en soi. S’il n’avait pu s’affranchir d’elle – mais l’eût-il fait si elle n’était pas morte ? – il serait resté, écrit Michel Schneider, « le petit loup qui montre ses petits papiers à sa petite maman, pour lui dire : « reviens ».

Ce Proust masqué dans son œuvre – comme MS dans la sienne ? – Ce Proust dont le je est un autre dans l’écriture, il nous en donne un exemple avec ce dernier livre L’auteur l’autre. L’argument est simple et compliqué comme tj avec Marcel : En mars 1921, un jeune homme s’adresse un jour à lui pour obtenir un entretien. Il refuse mais  lui envoie quelques mois plus tard un article d’une dizaine de pages, intitulé L’esthétique de Marcel Proust, rédigé par lui-même, à la condition que le jeune homme le publie sous son propre nom, Albert Thiébault-Sisson. Proust considère ce texte « comme le seul document valable sur son roman. » Le jeune homme meurt avant de l’avoir publié, l’un de ses amis, Christian Melchior-Bonnet en devient le dépositaire avant que Michel Schneider lui-même hérite de ce texte que lui confie le fils de Christian, Alain. Affaire d’héritage littéraire, mais aussi de double comme l’écrit Michel Schneider…

Le livre explore la relation auteur/ narrateur/personnage sous la forme de chapitres dont les titres sont des verbes. Leur liste pourrait composer une sorte d’opéra baroque fait de toutes les actions qui composent une vie. Le dernier chapitre sonne comme un résumé ou une conclusion : « Se mourir, s’écrire, s’aimer. » Les figures du double, du masque, du déni, des ruses du je s’entremêlent jusqu’au vertige, dessinant des variations autour de l’éternelle question proustienne : qui dit je en moi ? Sommes-nous ce que nous sommes ? Qui écrit ce que j’écris ?

«  « Je commençai ce livre sur Proust et son double, sur moi et mes ombres – on aura compris que le double de Proust dont parle le sous-titre de ce livre est celui dont le nom figure en haut de la couverture – dans lequel je tente d’éclairer deux conceptions non pas successives mais finalement coexistantes en chaque écrivain des liens entre écrire et vivre – ou aimer : il y a des jours où on aimerait croire que vivre n’est qu’un synonyme d’aimer. »

On comprendra que ce L’auteur, l’autre n’est pas un essai au sens classique du terme. Je le vois plutôt comme une méditation tournoyante,  inspirée et inspirante autour (auteur/autour) de Proust, de ce qui rend possible son oeuvre, de ce qui rend possible toute écriture – et qui est peut-être la mort. Encore faut-il être vivant pour le faire…

Pour finir, je dirai que ce livre est dédié à J.-B. Pontalis, disparu en 2013, à l’origine de la collection « Connaissance de l’inconscient » dans laquelle MS a publié son premier livre Blessures de mémoire, et de cette autre collection « L’un et l’autre » dans laquelle il a fait paraître Glenn Gould et Maman. Dans cet hommage à son premier éditeur, je lis aussi une forme de gratitude, l’héritage  encore, un sentiment assez proche de celui qu’il éprouve pour l’œuvre de Marcel Proust « que, écrit-il,  je n’aurai jamais fini de lire comme il n’a jamais fini de l’écrire. » Qui peut dire mieux ?

 

Evelyne Bloch-Dano

21 novembre 2015

Le mot de la Présidente du Jury

Evelyne Bloch-Dano

Recevoir un Prix, pour un auteur, c’est éprouver la joie de voir son travail reconnu. Attribuer un Prix, pour un juré, c’est offrir ce plaisir à un écrivain dont on a aimé le livre, lui rendre un peu de celui qu’il nous a donné.

 

Peu de créateurs suscitent autant d’ouvrages que Marcel Proust: romans, essais, biographies, textes critiques, livres d’art, dictionnaires, bandes dessinées… son œuvre est pour les autres auteurs une source inépuisable d’inspiration, qui loin de se tarir avec le temps, s’avère de plus en plus jaillissante. Il fallait bien un Prix pour distinguer les plus remarquables ! Le jury du Cercle littéraire proustien de Cabourg-Balbec ne se veut pas un aréopage de spécialistes, au sens étroit du terme, mais une réunion d’amateurs passionnés et éclectiques. Notre but est que le livre lauréat puisse ouvrir, à un vaste public, une porte que celui-ci n’aurait peut-être jamais poussée pour entrer dans l’œuvre ou la vie de Marcel Proust. Nous sommes fiers quand nous avons été les premiers à remarquer un livre qui rencontre ensuite le succès comme La petite cloche au son grêle de Paul Vacca. Nous cherchons avant tout à vous faire partager notre plaisir de lecture, et à rendre hommage à ces écrivains qui ont travaillé à mieux faire connaître et apprécier Marcel Proust.