10 avril 2014 - Paris : Visite des expositions "Eté 1914, les derniers jours de l'ancien monde" et "Paris 1900"

 

« ETE 1914 » à la Bibliothèque Nationale de France, nous visitons « Les Derniers Jours de l’Ancien Monde » qui décrit la succession des faits, presque jour par jour, ayant conduit la France et l’Europe du mois de Juin jusqu’au 4 Août, à la Guerre de 14, en analysant les évènements et leur répercussion sur les individus, ce qui rend cette exposition particulièrement touchante et émouvante.

 

Dès l’entrée, on se trouve en face d’un énorme cylindre sur lequel sont fixés les documents essentiels se succédant dans le temps, et, comme des pétales, s’ouvrent tout autour des salles consacrées à chaque thème .

 

L’été en France, paisible et rural depuis que la paix est revenue après  la guerre de 70, est illustré par des documents tels qu’articles de journaux, caricatures ou images d’Epinal et surmontés d’un grande carte de l’Europe où figurent les dynasties régnantes.

 

L’assassinat de l’archiduc d’Autriche le 28 juin marque le tournant de cette vie tranquille et le début de l’engrenage.  Les documents présentés évoquent le cosmopolitisme culturel  et  politique

du temps: une salle souligne les divergences d’opinion jusque dans les familles tels les frères Mann, qui resteront fâchés des années, Heinrich progressiste, pacifiste et Thomas, belliciste comme son empereur, tenant d’une « bonne guerre » pour apaiser les tensions. Leurs portraits font face à celui de Stéphane Zweig.

 

Les journaux relatent et amplifient les faits, les réactions des gouvernements et les décisions diplomatiques : L’assassinat de Jaurès fait l’objet d’une salle exposant les journaux, pamphlets, livres et  correspondances où pointe désormais l’imminence du dénouement.. 

 

 La salle suivante est consacrée aux  préparatifs militaires : des mannequins grandeur nature présentent les divers uniformes, les fusils et face à face, un calot français en feutre et un casque à pointe prussien…

 

Le 4 Août avec la mobilisation débute la Grande Guerre et finit l‘exposition.

 

Avant la sortie, une vaste salle montre ce que la guerre va produire de douleurs, de vies gâchées par des photos de tranchées, d’engins de guerre, de copies de lettres très touchantes de « poilus » qui veulent faire croire à leurs familles (et peut-être  se convaincre eux-mêmes) que cet enfer ne va pas durer, tandis qu’en dessous une ligne, une seule,  nous signale que cet homme sera tué deux mois plus tard …

 

Un immense panneau contient un nombre incalculable de livrets militaires où figure la mention « Mort pour la France »

 

On ne sort pas de cette exposition sans une grande émotion, chaque visiteur retrouve en pensée un père ou grand-père, un oncle ou un cousin.

 

Le déjeuner au Train Bleu de la gare de Lyon nous replace dans un décor plus joyeux sous les dorures, les sculptures, les peintures  de l’époque 1900.

 

Les murs, les plafonds, les buffets, ne laissent pas une surface vide, Gervex et d’autres peintres illustrent les villes desservies par le réseau PLM, des angelots dansent au-dessus des portes.

 

 

Le menu est à la hauteur de ces splendeurs et c’est avec le sourire que nous avons pu rejoindre le Petit Palais pour y découvrir PARIS  1900, Ville Spectacle.

 

L’Exposition Universelle pour laquelle ce palais a été construit, consacrait la suprématie intellectuelle et artistique de la France, elle est évoquée dès l’entrée  par la reconstitution de son portail monumental surmonté de la « Parisienne ».

 

Les premières salles font revivre l’architecture nouvelle (gare d’Orsay), la sculpture anti académique (les entrées de métropolitain de Guimard) par des photos et des tableaux qui font émerger ce qui va s’appeler « L’Art Nouveau »

 

Les Salons de beaux-arts sont très nombreux à l’époque et l’on y expose aussi bien les impressionnistes que les académistes, les symbolistes. Ainsi apparaissent sous nos yeux les tableaux  de Renoir, Pissarro, Cézanne, Monet, Vuillard, Gervex (le Pré-Catelan venu du Musée Carnavalet pour l’occasion) qui font face aux sculptures de Rodin.

L’exubérance de l’art nouveau, où la nature entrelace insectes, lianes et fleurs, éclate avec les merveilles de Gallé, Lalique et Majorelle.

 

La vie quotidienne n’est  pas oubliée, la mode de Paris y tient une place importante, les robes de Paquin et de Worth sont exposées sur des mannequins, ainsi qu’une cape de soirée somptueuse, des souliers, tandis que des catalogues font connaître cette mode au monde entier.
On croit rencontrer la Duchesse de Guermantes dans les tableaux de La Gandara ou de Degas.

 

Le soir, on va au spectacle, théâtres et cabarets sont annoncés par les affiches de Toulouse-Lautrec, de Mucha et de Cappiello. le Chat Noir et les maisons closes revivent pour nous, mais on va aussi à l’Opéra écouter distraitement Pelléas et Mélisande de Debussy ou applaudir Sarah Bernhardt qui triomphe dans L’Aiglon. La vie nocturne ressemble à une danse de la Loïe Fuller, femme-papillon tout en voiles multicolores, sculptée par les faisceaux lumineux de la « fée électricité ».

 

Cette visite nous a plongés dans le monde brillant et multiple de la « Belle Epoque », contraste saisissant avec la période qui va suivre, entrevue le matin à la Bibliothèque Nationale de France.

 

Les plus courageux d’entre nous peuvent poursuivre leur visite dans les galeries permanentes de ce Petit Palais, l’un des monuments survivants de l’année 1900 quand Paris était le centre du monde intellectuel et artistique.