Sortie à Amiens le 14 avril 2016

par Catherine Le Gallen

 

Le Cercle étend son périmètre : cette année, la promenade de Printemps se fait à Amiens, avec au programme sa Cathédrale et ses Hortillonnages.

Comme tout a changé depuis que Marcel Proust, sur les pas de Ruskin arrivait dans une ville à demi endormie sur son passé !

Aujourd’hui nous sommes accueillis dans une gare futuriste et son voisin, le « gratte-ciel » , une rue piétonne bordée d’immeubles modernes nous mène à la Cathédrale où trente cinq ’adhérents du Cercle se pressent déjà autour de Laurent, notre président, accompagné de Marie-Hélène.  M. Henriet domine de sa haute taille et nous nous sentons bien petits devant l’édifice du XIIIème siècle.

Nous nous partageons en 2 groupes pour la matinée. Celui dont je fais partie est conduit par une Guide de l’Office de Tourisme, « agrégée d’histoire-géo et histoire de l’art » qui va nous aider à lire cette « Bible de pierre » de la façade ouest, si bien préservée  des destructions de la révolution et des guerres. Elle nous fait lever la tête pour observer les maladroites restaurations et modifications de  Viollet-le-Duc au XIXème siècle sur les balustrades des tours et des gargouilles, restaurations décriées par Proust et déjà Ruskin qui auraient aimé conserver « l’inimitable beauté des vieilles pierres ». Rappelons-nous Albertine qui n’aimait pas une église « car elle a été restaurée »

Près de 2 heures sont consacrées à détailler les 3 portails de la façade ouest par une double lecture, horizontale en étudiant successivement le portail consacré à Marie, représentée par une vierge à l’enfant,, le portail central dit du Beau Dieu, consacré au jugement dernier et le portail de gauche consacré à  St Firmin entouré d’apôtres, puis verticale : au-dessous de chaque grand personnage, une sculpture décrit sa vie et encore dessous, un quatre-feuilles symbolise son caractère, tout cela se lit comme une bande dessinée moyenâgeuse destinée à l’édification de populations peu ou pas instruites. Quelques traces de couleur laissent imaginer ces pierres

Quelques pages de la Bible d’Amiens de Ruskin traduite par Proust nous donnent envie de nous replonger dans sa lecture et d’en découvrir les  notes et commentaires les plus récents dont  Jérôme Bastianelli, retenu à Paris par ses obligations professionnelles, nous parlera une prochaine fois.

Entrant à l’intérieur, nous sommes surpris par la hauteur de sa nef : 42 mètres, la plus haute de France et par sa clarté. Notre guide attire notre attention sur ses 3 dimensions : « hauteur, longueur et lumière » C’est par l’évidement des parois latérales remplacées par des vitraux qu’entre la lumière car l’édifice est soutenu par de puissants piliers, aboutissement de l’architecture dite « gothique », Ce terme, trop germanique, notre guide aimerait le remplacer par « architecture ogivale »…

Au sol un labyrinthe de plus de 200 mètres prend la forme inhabituelle d’un octogone et met à l'honneur ses bâtisseurs, l’évêque fondateur Evrard et les maîtres d’ouvrage du chantier.

Nous ne pouvons qu’apercevoir les stalles du chœur, merveilles de menuiserie délicate, mais nous admirons les gisants de deux évêques en bronze coulés d’une seule pièce, exploit pour une production médiévale !

Nous n’oublions pas de saluer le petit ange pleureur, accoudé à son sablier et tenant un crâne de l’autre main, avant de sortir par le portail sud regarder le double de la petite vierge dorée (dont l’original est conservé à l’abri à l’intérieur), entourée d’aubépines si chères à Marcel Proust.

Nous abandonnons l’histoire et l’art pour la gastronomie amiénoise. Nous sommes aimablement accueillis dans un restaurant proche et pouvons enfin souffler un peu…

L’après-midi, on flâne en attendant le prochain rendez-vous à 16 heures. Un petit groupe décide d’aller visiter le musée Jules Verne, les autres investissent la ville à la recherche de cartes postales ou des célèbres macarons d’Amiens de la maison Trogneux, beaux-parents de notre actuel ministre  de l’économie.

Après avoir  traversé la Somme, le quartier St Eloi nous fait découvrir une « petite Venise » où des ponts de bois sur les canaux  bordés de vielles maisons bien restaurées nous mènent vers l’embarcadère des hortillonnages.

Le groupe se reforme au bord de l’eau et bientôt il faut sauter courageusement dans les barques à fond plat qui vont glisser en silence dans un labyrinthe de canaux d’une longueur de 62 km, entre des ilots habités par des canards et autres volatiles qui ne se dérangent même pas à notre passage

Ce moment  de calme dans une nature préservée nous redonne la force de regagner la gare ou l’autoroute pour un retour dans le temps  présent.

 

 

Goûter proustien à Cabourg le 27 février 2016

27 février 2016 : Goûter proustien à Cabourg

 

Le traditionnel goûter proustien du Cercle littéraire avait lieu ce 27 février au Grand-Hôtel de Cabourg.

Contrairement aux autres années, nous disposions d’un salon plus petit mais plus intime où trois tables avaient été dressées, de même qu’installé un écran afin que Laurent Fraisse, passé maître dans l’art des diaporamas, puisse projeter les photos de l’année 2015 et une rétrospective des événements les plus marquants du Cercle depuis sa création en avril 2000. Un moment exceptionnel qui nous a permis de nous en remémorer les grandes heures, de revoir des visages à jamais disparus, de revivre nos visites et nos déjeuners au Ritz, chez Drouant, chez Maxim’s, dans les musées et expositions, à Illiers-Combray, heures passées qui déroulaient ainsi leur actualité toujours bien vivante dans la mémoire de nos adhérents. 

Puis « la lanterne magique » éteinte, nous avons eu le plaisir d’entendre des textes de Proust lus, ou plutôt interprétés, par Camille Devernantes dont on sait le talent de comédien, d’évocateur, la façon dont il use de les colorer, les animer, d’en souligner les plus infimes détails, de les nuancer, d’autant qu’il avait choisi le comique chez Marcel Proust, soit les passages où, en quelques lignes, l’écrivain sait débusquer les travers, les manies, les faiblesses, les vanités, les ridicules de ses personnages qu’il décrit d’une plume qu’il ne craint pas de tremper dans le vitriol. Cette suite de textes était évidemment irrésistible de drôlerie, de férocité savamment dosée et d’autant mieux épicée que le lecteur en tirait suavement la quintessence.

Voilà un goûter qui se partageait entre saveurs poivrées et sucrées,  puisque, bientôt, le thé ou le chocolat était servi  et que le maître d’hôtel déposait dans nos assiettes les gourmandises et douceurs qui flattent le palais après que l’esprit ait été si agréablement comblé.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE