Hommages à Michel Blain

Disparition de Michel Blain

 

Un grand ami du Cercle Littéraire Proustien nous a quittés…

 

J’apprends avec beaucoup d’émotion, à mon retour d’un voyage d’études scientifiques, le décès de Michel Blain, mon Ami, survenu le 28 avril dernier.

Nous le savions tous atteint d’un mal qui le rongeait, un mal qui le détruisait.

Je remercie Laurent Fraisse d’avoir retracé le cursus brillant de cet homme cultivé, droit et réfléchi, à l’intelligence si vive, toujours souriant, toujours d’humeur égale.

Qu’il me soit permis d’ajouter quelques mots.

Je l’ai bien connu de 2007, date à laquelle il a adhéré au Cercle (sept ans après sa fondation), à 2013, date de sa dernière venue à Cabourg.

Il souhaita rapidement s’investir dans le Cercle. Il fit diverses interventions avec toujours le même sérieux, la même aisance, une grande clarté dans les propos. C’était un plaisir de l’écouter.

Avant d’être au Jury de la Madeleine d’Or, nous lui confiâmes la préparation des journées du « Balbec normand » de 2011 et 2013 dont le succès dépassa nos espérances. C’était un perfectionniste exigeant pour les autres comme pour lui-même.

Et il venait très souvent à titre personnel à Cabourg pour « se ressourcer ». Combien de fois avons-nous marché ensemble sur la Promenade, dans les Jardins du Casino, dans les rues et avenues de Cabourg en évoquant les séjours de Marcel Proust, en lui montrant les lieux où il se rendait, les villas où séjournaient ses amis. Il me demandait toujours de lui présenter des cartes postales d’époque. Il voulait s’immerger dans le Cabourg des années 1900.

Nous prenions aussi la voiture pour aller « explorer », comme il disait, les abbayes de Caen, le château de Balleroy, le manoir de Cantepie, la cathédrale de Bayeux, l’église de Dives, les villas de Bénerville et de Trouville sans oublier les « fermes » voisines, l’Hostellerie Guillaume le Conquérant à Dives et le magasin Lerossignol à Houlgate… Il était d’une curiosité infinie. Il voulait voir et revoir les lieux proustiens qui le « hantaient » littéralement.

Et puis cette chambre 414 du Grand Hôtel qu’il adorait ! Je le vois encore, à la fenêtre, scrutant l’horizon, regardant et regardant encore et toujours « comme dans les hublots d'une cabine de navire, la mer nue, sans ombrages et pourtant à l'ombre sur une moitié de son étendue que délimitait une ligne mince et mobile, et suivre des yeux les flots qui s'élançaient l'un après l'autre comme des sauteurs sur un tremplin ! ». Il s’éloignait puis retournait « …près de la fenêtre jeter encore un regard sur ce vaste cirque éblouissant et montagneux et sur les sommets neigeux de ses vagues en pierre d'émeraude ça et là polie et translucide, lesquelles avec une placide violence et un froncement léonin laissaient s'accomplir et dévaler l'écroulement de leurs pentes auxquelles le soleil ajoutait un sourire sans visage. » Il rêvait…

Début 2013, certains signes apparurent et se renforcèrent rapidement. La maladie était là. Elle se développa vite, très vite, trop vite. Voici un extrait des termes de son dernier courriel à l’occasion des vœux de 2014 : « Je vous présente mes vœux très vifs et très sincères malgré l'éloignement des choses proustiennes auquel j'ai dû me décider. » Il ne revint jamais en Normandie…

En notre nom à tous, j’ai présenté à sa sœur, Madame Claude Cavin, nos condoléances très émues et attristées.

Le Cercle a perdu un membre éminent ; j’ai perdu un Ami sincère.

Merci, Michel, pour tous les bons moments que nous avons partagés. Tu nous manques déjà…

Au nom du Cercle Littéraire de Cabourg-Balbec, demain, jour du dernier hommage, au pied de ses cendres, je ferai déposer à Illiers, là où demeuraient ses grands-parents maternels, une gerbe d’aubépines en fleurs…

 

Jean-Paul Henriet

Président Fondateur du Cercle Littéraire Proustien

 
Michel Blain au Balbec Normand de juin 2013

                                                          

Le Cercle a le regret de vous annoncer le décès de Michel Blain, membre depuis 2002 et qui fut profondément investi dans  l'organisation de cinq « Balbec Normand de Marcel Proust » de 2005 à 2013. Sa famille étant originaire des environs d’Illiers-Combray et son professeur de philosophie Henri Bonnet, c’est tout naturellement qu’il était devenu lecteur de Proust. 

Adhérent du Cercle depuis quasiment sa création, il intervint plusieurs fois comme conférencier notamment sur « Les clés de lectures de la Recherche » en Novembre 2014, « Proust à Cabourg – Renaissance d'un homme et naissance d'un chef-d’œuvre » en juillet 2007 ou « les Milles et une nuits dans la Recherche »  en novembre 2011. 

Membre du Jury du prix du Cercle littéraire depuis 2005, il y fut un juré actif, soucieux des ouvrages sélectionnés et de la qualité de l'ouvrage élu, défenseur acharné des livres qu'il aimait, convaincant par deux fois le reste des membres du jury de remettre une mention spéciale, d'abord à Pierre Sylvain pour « le Coté  de Balbec » puis à Armelle Barguillet-Hauteloire pour « Proust et le Miroir des eaux », ouvrages dont il assura la présentation aux adhérents lors de la cérémonie de remise du prix.

Avec bénévolence et talent, il s'appliqua aussi  à organiser avec les deux mairies le contenu des « Balbec Normand de Marcel Proust » que les villes de Trouville et Cabourg organisèrent régulièrement entre 2005 et 2013. .

Membre enfin de longue date de la Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray, il s'efforça d'être un lien constant entre eux et le Cercle.  

 

Agrégé de l’Université, il était l'auteur de nombreux articles parus dans des publications spécialisées et de trois ouvrages sur l’art, la liberté et les mythes fondateurs de la culture européenne. En 2013, il publiera « À la recherche lieux Proustiens – Un périple l’œuvre en main » guide de promenades faisant le lien entre les principaux lieux que connut Proust et qui l'inspirèrent et le texte de la Recherche. 

D’abord dans l’aventure des ambitieuses Maisons de la culture ébauchées par André Malraux, puis en tant qu’enseignant dans la filière des Grandes Écoles, il s’est particulièrement intéressé aux liens entre les « grands récits » (religions, mythes, chefs-d’œuvre universels, courants idéologiques) ainsi que, plus généralement, aux pouvoirs de la narration. Conférencier aux Mardis de la Philo, place Saint-Germain-des-prés, il y anima un atelier de lecture où La Recherche fut régulièrement mise au programme. 

 

Michel Blain nous a quittés. Le Cercle perd un ami, le monde Proustien un fin connaisseur, un ardent promoteur de la Recherche.  Proust écrivait que « L'idée qu'on mourra est plus cruelle que mourir, mais moins que l'idée qu'un autre est mort ». Le décès de Michel Blain nous rappelle combien Proust avait raison.

 

                                                                                               Laurent Fraisse - 3 mai 2017

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